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SEPTEMBRE 2015
Croisière méditerranéenne
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Parution Mars 2012

SUR LES TRACES DE CLEMENCEAU ET DE DE LATTRE DE TASSIGNY
« Aujourd’hui, 11 novembre, au fond de votre tombe vendéenne, Clemenceau vous ne dormez pas.
Certainement la vieille terre de France qui vous enterre pour toujours a tressailli avec colère tandis que le pas insolent de l’ennemi et la marche feutrée des traîtres foulaient
le sol de la patrie »
Ainsi s’exprime le général de Gaulle depuis Londres, le 11 novembre 1941, à l’adresse de celui à qui il a fait la promesse de venir au Colombier lui annoncer la victoire, une promesse qu’il tiendra le 12 juin 1946.
« Alors avec tous les morts dont est pétrie la terre de France, vous pourrez dormir en paix ».
Le samedi 3 septembre 2011, c’est au tour des « Témoins de l’Histoire » de venir au flanc
du coteau dominant le Petit Lay, à Mouchamps, s’incliner à l’ombre du cèdre planté en 1848 « autour de la fosse, rien qu’une grille de fer, sans nom, comme pour mon père » pour déposer, en devoir de mémoire, des fleurs de reconnaissance au « Père la Victoire ».
Faisant fi de la légende selon laquelle Clemenceau aurait été enterré debout, ce simple et modeste geste du cœur, légalisé par les autorités locales, marque le temps fort de leur pèlerinage « Sur les traces vendéennes de Georges Clemenceau ».
Des traces qu’ils ont retrouvées tout au long de six étapes et, tout d’abord, à Mouilleron-en-Pareds, là même où le Président Clemenceau, athé, est né… rue de la Chapelle ! et où le maréchal Jean de Lattre de Tassigny, catholique, a vu le jour à l’angle de la rue du Temple.
Alors que la maison des grands-parents du jeune Georges devenue boulangerie a été rachetée par l’État, en 2005, dans l’attente d’un projet mémoriel, la maison bourgeoise Hénault-de Lattre présente un musée, au nom du chef militaire, préservant le mobilier de deux générations et leurs décors d’origine dont la chambre d’enfant transformé en chambre marocaine par son occupant dans les années 1920, dans laquelle il reviendra toute sa vie.
Les « Témoins » apprécieront spécialement le jardin de ladite maison- musée où pousse un remarquable magnolia centenaire avant de visiter, avec autant d’intérêt, « Le Musée des deux Victoires » qui établit un parallèle entre ces deux personnages locaux et comporte un certain nombre d’objets, de documents, de trophées telles la canne-pommeau sculptée d’un tigre pour « le Père la Victoire » ou encore la tête de l’aigle qui trônait au fronton du Reichtag, attribuée à de Lattre par le maréchal soviétique Joukov en 1945.
Avant de quitter cette attachante commune, les « Témoins» ne manqueront pas d’aller se recueillir sur les sépultures dénudées du maréchal et celle de son fils, au cimetière communal.
Un rapide passage à La Réorthe, devant la propriété privée de « l’Aubraie » qui ne se visite pas – dans laquelle le médecin Clemenceau qui deviendra ce tribun radical connu et reconnu acquiert les principes idéologiques qui le guideront durant soixante ans dans sa vie publique mais aussi dans son goût pour la peinture - nous conduit tout droit à Sainte-Hermine.
Il faut savoir que Saint-Hermine est le seul monument à son effigie que Clemenceau, vêtu d’un costume bleu marine et d’un chapeau mou gris, ait accepté d’inaugurer non sans avoir refusé au préalable d’être statufié seul, précisant « Ce n’est pas moi qui suis intéressant, ce sont les Poilus ».
Cette inauguration sera chose faite le dimanche ensoleillé du 2 octobre 1921, sans protocole ni prise d’armes mais en présence d’une foule nombreuse.
« Le Tigre » est ainsi représenté dressé dans une tranchée, face à un ennemi invisible, au milieu de 6 fantassins qui lèvent vers lui un regard chargé de confiance et d’espoir.
Plus modestement, à la Roche-sur-Yon, une stèle commémorative marque, place Napoléon,
le passage du « tombeur de ministère » en cette ville créée de toutes pièces par l’Empereur.
Mais déjà, notre périple historique trouve sa conclusion en une halte maritime en bordure de forêt de Longeville, dans une longère isolée de pêcheur caractéristique de l’habitat local, couverte de tuiles rondes.
En 1919, « le vieil homme » qui vient de signer le traité de paix au terme de la Grande Guerre (au prix d’un investissement personnel intense) s’installe, à Saint-Vincent-sur-Jard, dans ce qu’il surnomme « la Bicoque » : « une cabane de paysan au bord de la mer, c’est tout ce qu’il me faut ! » confie-t-il, dans laquelle il viendra séjourner à chaque belle saison jusqu’à sa mort :3 semaines au printemps, 3 mois en été.
« Le jardin c’est l’homme » écrit-il alors à son ami le peintre Claude Monet après la venue de ce dernier à « Belébat » malicieusement rebaptisée ainsi par le tribun alors que le propriétaire précédent lui donnait pour nom « Bélesbat » (cité légendaire engloutie non loin par l’Océan).
Clemenceau mettra autant d’énergie et de volonté à composer son jardin qu’il en a mis à conduire « La Grande Guerre » : il en fera un « fouillis de plantes » malgré le sable.
A « La Bicoque » proprement dit, il ajoute un kiosque mitoyen fait de fagots de bruyère servant de salon indépendant à l’heure du thé et du café dans lequel il conversera avec ses visiteurs, venus en nombre, tels les ambassadeurs du Japon et des Etats-Unis.
Par ailleurs, dans sa demeure, il emmagasine ses objets favoris : estampes et poteries japonaises, trophées de chasse, écharpe de maire du XVIIIème arrondissement de Paris,
bonnet de Police qu’il porte lors de ses promenades dans les dunes.
Chaque pièce fait l’objet, par lui, d’une particularité : la chambre où le lit est surélevé afin de pouvoir toujours voir l’Océan, le couloir contenant pas moins de 1.500 livres dans lesquels
il puise les références nécessaires à son travail, la cuisine dont aucune chaise ne tourne le dos à la mer, les deux chambres d’amis inspirées de mobiliers de bateaux.
Dans cet environnement émotionnel, pour tout passionné d’Histoire, l’ombre du grand homme plane, sans nul doute, encore et pour toujours, en ces lieux, sur ce havre de paix.
Quittant ces lieux, une question vient alors à l’esprit : La modestie de cette demeure, le besoin de quiétude, la simplicité des funérailles, l’amour presque déraisonné de la France, l’ingratitude de leurs contemporains, ne serait-ce pas là la similitude du destin voire du « copier-coller » des deux Grands Hommes historiques de notre pays du XXème siècle ?
Bien évidemment, à cette Vendée historique s’ajoute naturellement la Vendée touristique dont les « Témoins » vont profiter au maximum au cours de ce périple dans le bocage vendéen :
- Les moulins vendéens dont ceux du Mont des Alouettes et leurs panoramas uniques sur le bocage, les explications des plus intéressantes de leurs activités civiles et militaires,
- Le mégalithisme vendéen érigé entre 4.500 et 2.000 ans avant notre ère exploré au cours d’escales à Moutiers-les Mauxfaits (église romane et Halles 18ème), Avrillé (Le menhir du Camp du César dit le roi des menhirs : 90 tonnes, 8 mètres 70 dont 7 au-dessus du sol que 8 « Témoins » se tenant la main ont du mal à faire le tour !), le Bernard (dolmen de La Frébouchère),
- L’approche du château de la Guignardière édifié par le panetier de François 1er, celui de Talmont, la marina de Port Bourgenay, le Puits d’Enfer, curieuse anfractuosité côtière,
- La Roche-sur-Yon (base de nos excursions), ville impériale s’il en est, avec son circuit Napoléon ainsi que son Haras de la Vendée, l’un des plus importants de France, d’un grand
et spectaculaire intérêt (savoir-faire des artisans, démonstrations équestres, matériel, visite
des écuries, promenade en calèche),
- Les Sables d’Olonne, sur la Côte de Lumière, terminal de notre escapade en terre des Chouans, nous offrant des explications de sauniers fiers de leur savoir-faire ainsi qu’un embarquement pour un voyage commenté très apprécié dans les Salines, au cœur du marais d’Olonne,suivi d’un déjeuner dans le pittoresque quartier des marins-pêcheurs de La Chaume.
- Et, bien entendu, bouquet final, au cœur d’une forêt centenaire, l’arrêt quasiment obligatoire au PUY DU FOU avec de jour, ses époustouflants spectacles, ses villages d’époque, de nuit, la non moins exceptionnelle Cinéscénie : le plus grand spectacle au monde (10 millions de visiteurs, 1.200 acteurs, 8.000 costumes…) retraçant l’histoire d’une famille vendéenne du Moyen-Âge au XXème siècle. Toute une histoire… mais là encore quelle Histoire de France !



Parution Janvier 2012

LA CAMPAGNE D'EGYPTE
des « Témoins de l’Histoire » ne fut pas celle qu’entreprit Bonaparte le 12 messidor an VI (30 juin 1798) en embarquant sur « l’Orient » dans l’objectif de conquérir Malte puis l’Égypte, la semaine suivante, à la tête une armada forte de 200 navires et de quelque 35.000 hommes.
Seule similitude, l’époque du mois de juin (213 ans plus tard !) mais, cette fois, à bord d’une pacifique « Princess Sarah » au confort luxueux qu’apprécièrent à sa juste valeur, au fil des jours et du fleuve, les participants à cette croisière sur le Nil si riche en faits divers.
« Les Témoins de l’Histoire » n’avaient, en effet, aucune autre velléité que celle de vouloir et pouvoir admirer des sites ô combien célèbres, lesquels, au fur et à mesure de leur contemplation confirmait le bien fondé de ce choix touristique placé sous une chaleur omniprésente.
Car, soudain, pour eux, la concrétisation des notions de connaissances sur l’Égyptologie, à portée de mains et de vue, était bien présente tandis qu’un rêve exotique devenait réalité.
Ce sera l’arrivée à Louxor (et non Alexandrie comme en 1798 !), LOUXOR riche de son patrimoine pharaonique où nous ferons une ultime escale sur le chemin du retour.
Puis la découverte de l’impressionnant complexe sacré de KARNAK comptant parmi les plus grands centres religieux et intellectuels de l’Antiquité avec la plus grande salle hypostyle au monde et ses 137 colonnes dans laquelle Notre-Dame de Paris aurait pu tenir toute entière.
Ce fut, ensuite, le temple ptolémaïque d’Horus, à EDFOU, qui a traversé les siècles dans un état de conservation quasi parfait, sa légende du mythe d’Osiris et son nilomètre indiquant le niveau du fleuve qui permettait de calculer le produit des récoltes et les impôts à prélever !
Suivra KOM OMBO, perché sur sa colline, l’un des temples les plus romantiques d’Égypte, dédié à Sobek, dieu crocodile et Horus sous sa forme locale (tête de faucon) dont 2.000 ans de soleil ne sont pas parvenus à venir à bout de la décoration peinte sur ses colonnes et ses chapiteaux.
Ce fut encore ASSOUAN, son haut-barrage au bilan mitigé, ses populations nubiennes à la peau noire, longues silhouettes flottant dans leurs galabiyas blanches et bleues : ici, l’Égypte s’ouvre à un autre monde, celui de l’Afrique.
Et bientôt, se dressant majestueusement sur la petite île d’Agilqhyyah, surgit PHILAË, superbe temple ptolémaïque dédié à Isis.
Ce monument mérite que l’on s’y attarde en particulier car sur l’un de ses piliers, une plaque gravée en Français atteste du passage de la France sous l’ère bonapartiste.
Pour être bref, Bonaparte a, en réalité, mené en Égypte une aventure scientifique complétée par une opération militaire et politique préparée dans le plus grand secret (les forces embarquées étant dans l’ignorance la plus totale de leur destination) ; une « conquête » que l’Angleterre allait considérer aussitôt comme une menace directe sur l’Inde.
A cet effet, dans ce pays inconnu des Français, la progression et l’implantation de l’armée nécessitaient des spécialistes : géographes, orientalistes, ingénieurs.
Seuls le mathématicien Monge et le chimiste Berthollet seront informés des buts de l’expédition scientifique bien avant que savants et artistes, tenus dans l’ignorance, débarquent à leur tour de la frégate « Montenotte », le 4 juillet 1798.
Parmi eux, figuraient des spécialistes de toutes les disciplines existantes de l’astronomie à la zoologie.
C’est le général du génie Louis Caffarelli du Falga qui présida aux destinées des 167 membres de la Commission des sciences et des arts d’Égypte dont les ingénieurs sont en nombre : 14 géographes, 14 spécialistes des Ponts-et-Chaussées, 5 ingénieurs des Mines.
A eux, s’ajouteront les naturalistes autour de Geoffroy Saint-Hilaire et le géologue Déodat de Dolomieu fort de ses 5 membres de qualité ainsi que 27 imprimeurs munis des presses du Vatican confisquées par Monge qui pouvaient éditer des textes non seulement en caractères latins mais également en arabe, en grec et en syriaque.
Par ailleurs, Henri Joseph Redouté, peintre des fleurs du Muséum, accompagnait Guillaume Villoteau, ancien dragon, ancien abbé devenu chanteur à l’Opéra, qui sera le premier à étudier la musique arabe.
Mis en place, Bonaparte leur confie la tâche de réunir un dossier complet sur les antiquités égyptiennes mais également sur le peuple, la topographie, la flore et la faune du pays.
Intellectuels et universitaires vont ainsi accumuler et archiver un gigantesque corpus de données sur l’Égypte ancienne et ses monuments.
Mais, aucun d’eux ne marquera autant cette aventure scientifique que Dominique Vivant Denon, hobereau ruiné, avocat sans clientèle, diplomate éphémère, marchant d’antiquités archéologue et décorateur d’intérieur. Il avait Voltaire pour ami et, plus essentiel de son parcours, il était lié à Joséphine, l’épouse de Bonaparte.
De leur côté, les militaires feront de leur mieux pour intégrer la mission savante et permettre à Denon d’étudier les sites. C’est ainsi qu’ils lui accorderont une escorte pour le protéger quand il traîne à l’arrière des colonnes françaises pour réaliser ses dessins.
A la date du 1er février 1799, militaires et savants atteignent ASSOUAN, d’où Denon pourra rejoindre le Caire, chargé de notes et de croquis.
Quant aux membres de l’Institut d’Égypte créé par Bonaparte, ils mènent à bien des tâches complexes comme l’établissement d’une carte du pays au 1/100.000ème qui sera utilisée pendant plus d’un demi-siècle, ou encore le relevé d’un canal qui percerait l’isthme de Suez : le rapport de l’ingénieur Jean-Marie Père attirera, 30 ans plus tard, l’attention du jeune diplomate Ferdinand de Lesseps.
Publiés en 1809 et 1828, les 37 volumes de « La description de l’Égypte » qui devait lancer la mode de l’égyptologie avant que Champollion fût parvenu à déchiffrer les hiéroglyphes, font aujourd’hui encore autorité, chez les bibliophiles comme chez les scientifiques.
PHILAE, c’est enfin son sauvetage par l’intermédiaire et grâce à la célèbre égyptologue française Christiane Desrioches-Noblecourt qui parvint à mobiliser l’international pour une entreprise titanesque : le sauvetage des temples de Nubie (au nombre de 24) dont Philae et Abou Simbel, juste avant le remplissage du lac Nasser, en 1972.
Alors qu’ABOU SIMBEL, symbole de la puissance du pharaon aux yeux de tous ceux qui descendaient le Nil offre aux visiteurs sa spectaculaire majesté après son déplacement qui a duré 6 années, la promenade en felouque autour de l’ILE ÉLÉPHANTINE a été pour « Les Témoins » plus concrètement romantique avec une approche d’un village typique d’où partira une colonne de chameaux montés par des « touristes »… on ne peut plus cahotés !
En bouquet final, la VALLÉE DES NOBLES et des ROIS, ses COLOSSES DE MENNON dont l’un « chantait » à l’aube et LOUXOR avec son allée processionnelle bordée de Sphinx marqueront les esprits comme l’ont fait précédemment les sites visités, parcourus en tout sens.
La beauté des paysages avec leurs palmiers typiques des pays chauds, les villages hétéroclites, les étendues de sable chaud et coloré, nous aurons accompagnés tout au long des navigations successives à l’abri de toiles de tente sur le pont principal tout en consommant du thé local.
Certains « Témoins » mettront à profit ces moments de détente fort appréciés pour rêver, lire, écrire voire pour peindre les berges de ce Nil, long fleuve grandiose, envoûtant, telle notre amie Annie dont une de ses œuvres sera offerte à notre Président.
L’ambiance chaleureuse vécue au sein du groupe, l’accueil de l’équipage, celui des autochtones approchés aux escales nous étions alors très loin des troubles de début d’année fomentés lors des évènements dits « La Révolution du Printemps » que vécus ce pays aux richesses archéologiques impressionnantes et exceptionnelles.
Il est vrai que cela se passait au Caire, là même où, le 27 juillet 1798, Bonaparte ayant décimé la cavalerie mamelouke à la bataille des Pyramides (une victoire qui a marqué un tournant décisif dans l’Histoire du Proche-Orient) aurait proclamé :
« Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent »…


Parution Novembre 2011

Le roi est mort… VIVE LE ROI !
Une merveille historique que cette basilique-cathédrale de Saint-Denis qui malgré les guerres et la Révolution dévastatrices a su garder son cachet et rester un chef d’œuvre de ce que l’on nommera le premier art gothique, une visite culturelle chargée d’Histoire qu’ont largement apprécié « Les Témoins de l’Histoire », en cette journée du samedi 28 mai 2011.
Sachant que les premières histoires de France officielles sont nées de la plume des moines dyonisiens, celle de cette fabuleuse nécropole royale - qui abrite une collection unique en Europe de plus de 70 gisants et tombeaux - remonte au IIIème siècle et se veut associer la mort à l’espoir de la résurrection.
C’est, en premier lieu, un emplacement de cimetière gallo-romain puis bientôt une légende : celle de DENIS, 1er évêque de la ville de Paris, disciple de Saint-Paul, évêque d’Athènes, envoyé évangéliser les païens de Rome puis de Lutèce.
Persécuté par l’empereur Dèce, il est martyrisé par les Romains qui le décapitent.
La légende veut qu’après cette décollation au sommet de la Butte Montmartre (vers 250-280), il se dirige vers le lieu de sa sépulture portant entre ses mains sa tête tranchée.
Il tombe alors dans la campagne avant d’être inhumé, par une pieuse femme, dans ce cimetière gallo-romain situé près du village de Catolacus (qui deviendra par la suite Saint-Denis).
Le culte de « Monsieur (Monseigneur) Saint-Denis » (ainsi nommé par le peuple) est tel que, deux siècles plus tard, en 475, une première grande église est construite grâce à Geneviève, sainte patronne de Paris.
Mais, c’est Dagobert 1er qui en est finalement le véritable fondateur, puisque tour à tour, dès 630, il agrandit puis embellit le sanctuaire qui devient une abbaye la plus riche et la plus illustre de France et le centre d’un pèlerinage très fréquenté.
En son sein, « Le bon roi Dagobert » y fera placer les reliques de Saint-Denis dans une châsse somptueuse et installera une communauté bénédictine qui prend en charge les pèlerinages.
Le temps s’écoule ajoutant l’enrichissement de l’histoire de Saint-Denis : Dagobert 1er, le dernier mérovingien inhumé en 639 est rejoint en ce lieu, en 741 par Charles Martel fondateur de la dynastie Carolingienne. Neuf ans plus tard, Pépin le Bref y est sacré et fait aménager, sous le chœur, un « martyrium » où l’on vénère les tombeaux des saints.
Quant à Charlemagne « l’empereur à la barbe fleurie » il termine, lui, la construction de la nouvelle basilique entreprise par son père, le roi Pépin III qui est consacrée en 775.
En 657, son petit-fils, Charles le Chauve prend le titre d’abbé laïc tandis que l’abbaye entourée d’une enceinte de pierres et de bois et le bourg ainsi créé prend le nom de basilique où Charles II est enterré en 877.
Vient les invasions normandes qui seront le théâtre de scènes de pillages (aussi bien du village que de l’abbaye) laquelle, peu à peu, tombe en ruine ce qui provoque l’oubli des rois.
Toutefois, du décès de Hugues Capet en 996 jusqu’à la fin de l’Ancien régime, la crypte de Saint-Denis reçoit tous les rois Capétiens à l’exception de Philippe 1er, Louis VII et Louis XI.
Après que Saint-Louis ait ordonné de réserver la nécropole aux seuls rois et reines couronnés (leurs enfants étant inhumés à Royaumont), l’avènement des Bourbons rend caduque cette coutume et étend même cette mesure non seulement aux membres de la famille royale mais, également, à certains grands serviteurs du royaume, tel Du Guesclin.
C’est en 1245 que le même Saint-Louis apporte une nouvelle innovation avec la commande des premiers gisants à la gloire de 14 de ses prédécesseurs, depuis le VIIème siècle, dont l’imposant tombeau de Dagobert, afin de mieux cultiver la mémoire royale.
Histoires dans l’Histoire, rappelons qu’à partir du XIVème siècle, après le décès et lors de l’embaumement, on ouvrait le ventre du défunt pour en retirer les viscères et le cœur : corps, entrailles et cœur avaient ensuite chacun leur monument dispersés en divers lieux. Mais les techniques de conservation des corps étaient si rudimentaires au Moyen-Âge que, pendant le transport, on les recouvrait de sel, d’aromates et de vin qui jouaient un rôle d’antiseptique.
Une autre méthode fut utilisée, notamment pour Saint-Louis : celle consistant à faire bouillir le corps afin de séparer les chairs et les os.
Jusqu’à la Renaissance, la sculpture des tombeaux ne comporte que des gisants : « de cœur » par la présence d’un petit cœur sculpté dans la main gauche du personnage, « d’entrailles » par la présence d’un petit sac dans une main.
Alors qu’aux pieds des gisants de femmes on trouve, le plus souvent, des chiens (signe de fidélité), le lion aux pieds des hommes représente la puissance, la force mais aussi la Résurrection car une légende assurait que le lionceau n’ouvrait les yeux que trois jours après sa naissance.
Milieu XIVème siècle, les souverains font exécuter leurs tombeaux de leur vivant et, à la Renaissance, les mausolées deviennent très importants et d’une décoration somptueuse sur deux étages : à l’inférieur, les défunts sont dans une rigidité cadavérique sans vêtements, au supérieur le roi et la reine sont agenouillés en costume d’apparat.
Cette évolution dans l’art funéraire ne serait rien - tout comme d’ailleurs l’histoire de la basilique devenue cathédrale en 1966 - sans la grande figure d’un personnage d’exception que deux rois honoreront du nom d’ami :
SUGER, moine, bâtisseur, chroniqueur et homme d’État.
Doué d’une vive intelligence ainsi que de beaucoup de bon sens, son rôle politique augmente avec l’avènement de Louis VII et pendant la seconde croisade; bon gestionnaire, il anime la politique de création de villes neuves, perfectionne les pratiques administratives, soutient le développement du commerce.
Côté religieux, après plusieurs missions à Rome auprès du Saint-Siège au cours desquelles il visite les principaux sanctuaires des contrées méridionales qui orienteront très profondément toute son action à venir, il élu à la tête de l’Abbaye à 40 ans.
il procède à la reconstruction de son abbaye (premier chef d’œuvre de l’art gothique) dont l’étonnante rapidité d’exécution s’explique par sa propre maîtrise et l’aide que lui apporte les fidèles qui tirent à bras les chariots chargés de pierres provenant des carrières de Pontoise.
Les innovations comprennent, en particulier, pour la première fois, une rose au-dessus du portail central, des statues-colonnes qui garnissent les embrasements tandis que le tympan gauche sera orné d’une mosaïque qui se voulait une référence aux basiliques antiques et que la statue de Saint-Denis figurera au trumeau du portail central.
A l’intérieur, une grande place est donnée aux vitraux et à la lumière, le chevet est agrandi pour donner plus de place aux reliques de Saint-Denis, une nouvelle crypte est conçue et le chœur est entouré d’un déambulatoire ouvrant sur des chapelles rayonnantes.
Il est dommage que, de nos jours, la science moderne et ses experts français n’utilisent pas les mêmes caméras que celles étudiant les Pyramides en Égypte pour pallier à un abandon certain et très regrettable de ce patrimoine exceptionnel : cercueils posés sur des tréteaux dont plusieurs sont brisés et éventrés sous l’effet de l’humidité, dégâts occasionnés par les sels de salpêtre et autre pollution moderne.
Notons, à ce propos, les effets néfastes du RER B dont les travaux ont modifié le cours des rivières souterraines.
Les démarches officielles effectuées jusqu’à présent auprès des plus hauts responsables de l’État ont été sans grands résultats. Émettons le vœu pieux mais profond, que le ministre en charge se penche efficacement sur ce lieu de mémoire, de respect, de recueillement sans oublier les néfastes profanations révolutionnaires (tel le cercueil ouvert d’Henri IV exposé au peuple, le populaire « bon roi » dont un soldat coupera un morceau de barbe avec son sabre, un homme prélevant deux dents, l’autre arrachant la chemise,une femme giflant le cadavre…)
Jeanne d’Arc, blessé devant Paris, avait, elle, auparavant, offert ses armes en hommage…


Parution Août-septembre 2011

Le « CAMPBELTOWN » atout majeur de l’OPÉRATION « CHARIOT » …
Lorsqu’en ce 26 mars 2011, la délégation des « Témoins de l’Histoire » foule les abords des quais du port de Saint-Nazaire et les installations de l’impressionnante base sous-marine utilisée par les « U-boats » allemands, aucune séquelle n’est visible du raid considéré comme l’un des plus audacieux jamais réalisés par les commandos au cours de la Guerre 1939-1945.
Il est vrai qu’à 48 heures du 69ème anniversaire du 28 mars 1942, la forme-écluse Joubert, objectif principal de l’opération « Chariot », le bassin par lui-même, l’environnement, bref tout ce décor est apparemment bien en place et respire une certaine quiétude marine.
Mais, revenons au 26 février 1942, au moment où la préparation de ce futur fait militaire bat son plein dans les locaux du Q.G. des Opérations combinées de Lord Mountbatten.
A cette époque, les sous-marins allemands, maîtres de l’Atlantique, coulent les navires de commerce alliés en escorte depuis les États-Unis plus vite qu’ils ne pouvaient être remplacés.
Sir Churchill - fort que la Royal Navy ait coulé le cuirassé « Bismarck », fleuron de la Kriegsmarine, le printemps précédent - craint que le plus dangereux des raiders encore opérationnels, le « Tirpitz » frère jumeau du « Bismarck », accentue ce déséquilibre inquiétant
Effectivement, les Allemands souhaitent voir se rapprocher de l’océan Atlantique ce monstre de 50.000 tonnes, aux canons de 380, alors embusqué dans les eaux norvégiennes.
En supposant que le « Tirpitz » ne soit qu’endommagé lors de combats navals, l’unique ressource pour celui-ci serait de regagner au plus vite le seul refuge, le seul port dans toute l’Europe occupée par l’Axe : Saint-Nazaire (mieux fortifié par les Allemands après Brest).
En fait, la vraie raison était que Saint-Nazaire abritait la forme-écluse Louis Joubert, alias dock Normandie énorme cale sèche construite spécialement pour le célèbre paquebot « Normandie » - orgueil de la flotte passagère française - c’est-à-dire un bassin de 349 mètres sur 50 avec des portes monstrueuses de 52 mètres de long, 16 de haut et 11 d’épaisseur dont les maisons de treuil et les stations de pompages étaient construites à la même échelle.
Pour défendre ces infrastructures, l’occupant avait positionné quelque 100 canons de calibres différents, des projecteurs de recherches et, sur mer, des navires de défense côtière ainsi que des dragueurs de mines. La ville, elle, comptait pas moins de 5.000 soldats et marins teutons.
La réunion du Q.G.O.C. se devait donc de définir et de décider les besoins des Britanniques à faire face à l’ensemble de ces données avec pour objectif essentiel de paralyser jusqu’à la fin de la guerre les installations précitées, y compris 8 portes d’écluses, 4 ponts, des quais, des réservoirs souterrains de carburant pour sous-marins, 6 centrales électriques et 13 canons.
Or, côté humain et côté matériel, les ressources sont des plus maigres.
C’est pourquoi les 266 hommes et officiers commandés par le lieutenant-colonel A.C. Newman vont devoir se répartir en trois catégories : certains étant dotés d’un seul pistolet
et d’un sac à dos contenant 40 kg d’explosif mais couverts par des groupes de 5 hommes équipés de mitraillettes et d’une mitrailleuse Bren alors que d’autres enfin, 2 officiers et 12 hommes, prendront d’assaut les positions d’artillerie, établiront un périmètre autour du dock et repousseront les renforts venant de la ville ; la « réserve » comprenant, elle, 12 hommes et un médecin assisté d’un petit détachement médical.
Côté moyens dont 15 vedettes en bois non blindées, longues de 34 mètres, armées d’une paire de mitrailleuses Lewis de « la Grande guerre » et d’un canon de 20 Oerlikon, quatre de ces fragiles embarcations devront transporter également des torpilles.
Leurs avantages étaient leur vitesse de 18 nœuds (33,33 km/h) ainsi qu’un faible tirant d’eau pour remonter l’estuaire de la Loire.
Un faible tirant d’eau pour des fonds marins d’à peine 3 mètres à marée haute, voilà bien le gros problème que devrait résoudre le navire qui devait venir s’écraser sur forme-écluse.
En plus du torpilleur 74 qui devait être remorqué et lancer des torpilles sur les portes des écluses, le choix se porta finalement sur un destroyer vétéran de 50 mètres au nom de « Campbeltown » sur lequel un allègement approprié allait être effectué : 2 de ses 4 cheminées sont supprimées (les restantes étant diminuées de hauteur), sont enlevés les tubes lance-torpilles, l’équipement anti-sous-marin, la plupart des mâts et tous ses canons sauf un.
Par contre, sont ajoutés un mince blindage autour de la passerelle, 4 plaques de blindage de 5,4 mètres de haut pour protéger les éléments débarqués du commando, 8 canons Oerlikons de 20m/m ; la pièce de 76mm, quant à elle, étant déplacée de la poupe à la plage avant.
En neuf jours de travaux, ce « Kamikase » a même des allures de bâtiment allemand de la classe « Möwe » ce qui devrait lui éviter de se faire repérer à l’approche de l’objectif.
Le 26 mars 1942, l’ensemble de la flotte dont une canonnière autour de laquelle s’agglutinent les vedettes quitte Falmouth direction Sud-Ouest puis Ouest.
A 22 heures 15, Le lendemain, les deux destroyers d’escorte s’éloignent et la flottille entre dans le chenal de la Loire. A 23 heures 00, les explosifs sont amorcés, vingt minutes plus tard 4 bombes sont larguées par la R.A.F. sur la zone portuaire.
Arrive le jour « J », 28 mars. A 01 h 15, des postes d’observations côtiers signalent la flotte en approche. 5 minutes plus tard, elle passe devant « Villès-Martin », il reste 3 miles à parcourir. Des documents volés à la Kriegsmarine permettent de se faire identifier comme bateaux amis. Le début des combats est ainsi reculé. Mais, à 01 h 27, la supercherie est découverte : le « Campbeltown » amène le pavillon nazi et hisse l’Union Jack. Les batteries allemandes ouvrent le feu et ce n’est que 7 minutes plus tard que notre bon vieux navire sacrifié s’écrase sur la porte de la forme Joubert, sa proue se voilant sur 11 mètres sous l’impact avec un angle de 20 degrés, la poupe quasiment submergée. Les commandos entrent alors en action détruisant la station de pompage et certains treuils d’ouverture de la porte.
Le temps s’écoule… en cours de matinée, à 10 h 30, Les explosifs du « Campbeltown » (24 charges de plus de 4 tonnes) explosent : la porte du dock est projetée hors de son rail et de nombreux Allemands et leurs maîtresses françaises venus observer le bateau sont tués.
Sur le fleuve, c’est l’apocalypse ! Plusieurs vedettes ont coulé, d’autres sont en train de subir le même sort ou brûlent (une explose tuant 15 des 17 commandos).
Dans l’eau glaciale, marins et commandos nagent et tirent les blessés hurlant dans le carburant enflammé répandu sur le fleuve… 70 réussissent cependant à regagner la rive.
Par ailleurs, la vedette qui a récupéré les survivants du « Campbeltown », touché à son tour dérive le long de la Loire (de tous les officiers du « Campbeltown », seuls deux survécurent),
RYDER, commandant la canonnière jonchée de morts et de blessés (2 et même 3 fois pour certains) tirant de tous ses feux, ordonne à contre cœur de mettre le cap sur l’embouchure. Soudain, un torrent de feu pulvérise le torpilleur 74 alors qu’après avoir stoppé il récupérait deux survivants. Toutefois, ses 2 torpilles à détonation retardée généreront, le 29 mars, une panique telle que certains soldats allemands tirèrent aussi bien sur des ouvriers français que sur leur personnel de l’Organisation Todt.
Au moment du bilan de l’Opération « Chariot », il peut être avancé que le « Campbeltown »
a parfaitement rempli sa mission : le dock ne fut remis en service que dans les années 1950.
Le « Tirpitz » privé de base en Atlantique (cercueil d’acier pour une grande partie de son équipage) fut coulé dans le fjord de Tromso par des bombes de 5.450 kg de la R.A.F.
Sur le plan humain, on dénombrera, côté allié : 169 tués, 215 prisonniers sur les 611 hommes engagés (345 marins et 266 commandos anglo-écossais), 227 réussirent à revenir au Royaume-Uni dont 5 en passant par l’Espagne; côté allemand : 60 officiers et 300 soldats en plus de ceux tués et blessés par les commandos.
« Les Témoins de l’Histoire » après s’être recueillis au monument élevé en bordure de rivage auquel est accolé le canon retrouvé dans les années 70 lors du dragage de l’estuaire profitèrent de leur séjour nazairien prolongé pour apprécier les impressionnants chantiers navals STX Europe où furent construits « Normandie » et « France », les ateliers Airbus, l’ « Escal’ Atlantic » (avec évacuation en bateau de sauvetage !), l’Écomusée, sans oublier le sous-marin « Espadon », remarqué par son étroitesse et son exceptionnelle mission au Pôle Nord.

Parution Mai 2011

LES BAGNARDS DE LA BUTTE…
Ils s’appellent Alain, Jean-Jacques, Serge, Edith, François, Pierre-Yves, Guillaume, Henry-Jean, Jérémie, Alexandre pour ne citer qu’eux et forment, soutenus par d’autres volontaires, pour ne pas dire bénévoles, un groupe d’étude et d’animation du secteur Argonne-rive gauche créé le 11 novembre 1985 sous le label « Les Amis de Vauquois et de sa région ».
La butte, Vauquois, deux mots associés qui sont entrés dans la légende de la « Grande Guerre » et que nos Amis n’ont de cesse de mettre en valeur au seul profit de cette héroïque bataille de Verdun, de ce sanglant conflit de 14-18, bref de notre Histoire de France tout court.
Depuis ce 11 novembre (date ô combien symbolique) de l’an 1985, ils effectuent sur la Butte de Vauquois un travail titanesque, une entreprise presque folle de recherches mais surtout de travaux de terrassements, de déblaiements, de soutènements dans la gaize locale, à la limite du raisonnable en prenant des risques non négligeables pourtant parfaitement maîtrisés.
Leur seul objectif, leur seule satisfaction, est celle du devoir accompli, du partage de leur passion avec les visiteurs de tous âges venus en nombre à qui ils s’évertuent de transmettre cette foi, cette religion qui est en eux. Et il faut dire qu’ils y réussissent pleinement.
Alors l’actuelle Butte de Vauquois, avec ses 17 kilomètres de puits, galeries et rameaux sur des profondeurs allant le plus souvent de 10 à 50 mètres et même jusqu’à 100 mètres pour trois galeries allemandes, c’est quoi en omettant les milliers de tués ou disparus ?
C’était un petit village d’Argonne, au sommet d’une butte devenu point stratégique que les allemands occupent en septembre 1914 dans le contexte de l’encerclement de Verdun.
Rapidement, ils transforment cette importante position en une véritable forteresse en creusant des abris dans le roc reliés par des boyaux souterrains, les rues sont excavées pour que les soupiraux des caves deviennent des meurtrières ; à hauteur d’homme, les murs des maisons et des jardins sont crénelés, des tranchées sont établies en avant du village sur les pentes.
Autant d’efforts déployés afin de leur permettre de masquer leurs opérations au nord de Varennes, de couvrir leur ravitaillement du front d’Argonne mais surtout, surtout, surtout d’être un excellent observatoire d’artillerie : une artillerie teutonne particulièrement importante en position aux bois de Cheppy, de Montfaucon et d’Argonne.
L’accès au village était très difficile : de tous côtés, des ravins et des glacis offrent d’admirables champs de tir aux mitrailleuses qui l’entourent.
C’est ainsi que le premier assaut donné par deux bataillons du 46ème régiment d’Infanterie, le 28 octobre 1914, est un échec du fait que les Français qui, à découvert, avancent par bonds sur le glacis, sont fauchés par les tireurs allemands bien abrités. A cela s’ajoute bientôt une avalanche de gros obus allemands qui les disperse et/ou les écrase. En trente minutes presque tous sont hors de combat.
Pour autant, le deuxième assaut est mené dès le lendemain 29 octobre : cette fois, après une très courte préparation d’artillerie dont la plupart des obus n’éclatent pas, les fantassins français s’élancent à la baïonnette mais, comme la veille, sont aussitôt fauchés par les mitrailleuses. A noter qu’au cours de la nuit qui suivit, malgré la lanterne de la Croix-Rouge, l’ennemi tirera impitoyablement sur les brancardiers…
N’entrons pas dans le détail des opérations suivantes menées les 17 et 28 février 1915 car la Butte de Vauquois va, l’année suivante, se distinguer en devenant le théâtre d’une impitoyable guerre des mines, le champ d’expérience pour de nouveaux engins de guerre mis en oeuvre par les Pompiers de Paris, une termitière où le « Poilu » se transformera en troglodyte.
Pas moins de 519 explosions y seront recensées : 199 allemandes et 320 françaises.
Dans le seul axe de la rue principale de l’ancien village à jamais détruit pas moins de 13 cratères seront formés par l’explosion des mines.
Citons les trois les plus importantes :L’allemande du 3 mars 1916 chargée à 4.000 kg éventre le sol et provoque un entonnoir de plus de 20 mètres de diamètre. Parapets rasés, tranchées comblées, le petit poste français de l’extrême Est tenu par 1 sergent, 2 caporaux et 9 soldats
a totalement disparu sous les déblais. Il apparaît, d’ailleurs, que les dégâts matériels semblent aussi considérables chez l’ennemi.
Au titre de l’anecdote, précisons que quatre jours plus tard, alors qu’un chef d’équipe cherche à déplacer une roche, à ses coups de pic, répondent, sous terre, d’autres coups espacés, lointains, à peine perceptibles : il ne peut s’agir que des gars du petit poste…
De nuit, pour éviter de se faire remarquer, les équipes du génie et du 46ème R.I. se relaient, déplacent des mètres et des mètres cubes de terre.
A l’aube du 8, un homme se glisse sous terre et rejoint les ensevelis : 3 sont encore vivants mais à demi asphyxiés, mourant de faim et de soif, neuf sont morts…
La mine française du 23 mars 1916, sera, elle, chargée à 12.000 kgs de cheddite afin de montrer à l’adversaire que nous pouvons aussi bien voire faire beaucoup mieux que lui.
Jusqu’alors, le plus considérable soulèvement de Vauquois, accompagné d’une très forte secousse et d’un immense jet de fumée, se produit amenant un entonnoir de 45 mètres de diamètre et de 12 mètres de profondeur.
Mais, les choses n’en restent pas là : le 14 mai suivant, les Allemands procèdent, à leur tour,
à ce qui restera la plus formidable explosion de mine de Vauquois. On évalue la charge à 60.000 et peut-être 80.000 kgs d’explosifs : le bouleversement du terrain est indescriptible,
il dépasse l’imagination, l’entonnoir mesure 70 mètres de diamètre et 25 à 30 mètres de profondeur, le cercle représentant la limite des déblais n’a pas moins de 50 mètres de rayon.
Conséquence de cette seule explosion : 108 victimes côté français.
Par ailleurs, il y a lieu, pour affiner le sujet, de savoir qu’après chaque explosion, ou presque, les belligérants essayaient de reprendre du terrain en se ruaient, avec plus ou moins de bonheur, sur les positions adverses non sans lourdes pertes humaines.
En ce samedi 19 février 2011, nos Amis de Vauquois nous accueillent sur les lieux de leur gigantesque « chantier » pour nous faire bénéficier de leur expérience et de leurs connaissances en la matière : visite du musée aux moult objets récupérés sur place, briefing au sommet de la Butte, crapahutage dans les rameaux et autres galeries françaises et allemandes.
Cette visite appréciée et appréciable - fortement conseillée - inscrite au programme de notre 78ème pèlerinage Meuse-Ardennes fait suite à la traditionnelle cérémonie franco-bavaroise devant le Monument de la Réconciliation implanté par nos soins à Clermont-en-Argonne.
Les manifestations traditionnelles, le soir à Verdun, monument aux morts, réception à l’Hôtel de Ville précèderont la non moins habituelle montée aux flambeaux jusqu’à l’Ossuaire de Douaumont et sa messe de minuit célébrée par Monseigneur l’évêque de Verdun, au cours desquelles se remarquent un ami local ayant revêtu la tenue bleu azur des « Poilus », son fusil Lebel et à qui a été confié la prestigieuse charge du drapeau de nos anciens « Les Combattants de la R.A.T.P. ».
Le lendemain, dimanche 20 février, notre délégation ira, comme les années passées, témoigner sa reconnaissance à une unité combattante de mai-juin 1940, dans les Ardennes.
Les « Sangliers » du 91ème Régiment d’Infanterie dont il s’agit (leur effectif de 83 officiers, 343 sous-officiers et 2.619 hommes de troupe ne comprendra plus que 250 personnels en fin de campagne !) se verront ainsi honorés aux abords du village de Mont-Dieu en présence des autorités civiles et militaires et de pas moins de 21 porte-drapeaux.
Ce petit village n’ayant pas d’église, l’ensemble des participants convergera vers Les Grandes Armoises, pour une messe de Requiem particulièrement suivie, à l’invitation gracieuse de son Maire lequel, à cette occasion, sera élevé au titre de Membre d’Honneur
des « Témoins de l’Histoire » pour sa sympathie renouvelée à l’égard de notre Association et, plus particulièrement, pour sa passion confirmée envers l’Histoire de France.
Auparavant, un dépôt de fleurs avait été effectué au monument aux morts de cette attachante commune ardennaise ayant la Mémoire d’avoir enseveli, derrière ce même édifice communal, 211 soldats des 51ème et 67ème régiments d’Infanterie tombés à l’ennemi en 1940.


Parution Février 2011

DOUZE JEUNES COLOMBEYENS ENTRÉS DANS L’HISTOIRE…
Les chrysanthèmes déposés au pied de la sépulture du cimetière communal dominé par l’église paroissiale Notre-Dame-en-son-Assomption concrétisent la dernière gestuelle de Mémoire des « Témoins de l’Histoire » pour l’an 2010.
Colombey-les-deux-Églises, fin d’une série mensuelle de sept étapes leur permet, en ces instants, d’avoir respecter l’ordre chronologique des principales séquences de la vie sur terre de Charles de GAULLE (Lille pour la naissance, Douaumont pour « la Grande Guerre », Calais pour le mariage avec Yvonne Vendroux, Abbeville pour les combats de 1940, Londres pour la France Libre, Paris pour la traversée du désert, la libération et les présidences).
Sans doute que, dans le silence de cette fraîche matinée d’automne ensoleillée, le recueillement est-il différent des autres pèlerinages traditionnels annuels en raison du contexte qui englobe, pour 2010, les 120ème, 70ème et 40ème anniversaires correspondants à la naissance, à l’Appel historique du 18 Juin 1940 et à la disparition du « plus illustre des Français ».
Nul doute, aussi, que souvenirs ou images défilent dans les têtes de notre délégation, tous âges confondus, les uns pour les avoir vécus, les autres pour les avoir perçus par médias interposés.
A l’évidence, l’image la plus éloquente est celle de l’Engin Blindé de Reconnaissance Panhard du 5ème Régiment de Hussards, symbole parmi les symboles, quittant « la Boisserie » s’avançant lentement dans la rue principale avant de passer devant la tombe familiale où repose déjà la petite Anne chérie et d’atteindre l’église en présence d’une foule compacte qui a failli submerger le village mais qui demeure respectueusement silencieuse, disciplinée, même si une partie s’est agglutinée jusque sur les toits.
Un autre souvenir indéfectible est bien celui de ces douze jeunes gens âgés de 17 à 23 ans, remarquables et remarqués, qui ont reçu la mission de porter le cercueil de l’un de leurs, très apprécié de toutes et de tous ses concitoyens locaux.
Ils se souviennent, dans un premier temps, avoir placé ledit cercueil face au chœur dans l’allée centrale de l’église encadré par six candélabres et, autre symbole, par quatre Saint-Cyriens, sabre au clair. Le drapeau bleu-blanc-rouge qui le recouvre tombant jusqu’au sol ; pas de décorations, pas de sermon, pas de couronnes, pas de fleurs. Bref, une messe ordinaire.
Dans un deuxième temps, ils se remémorent, comme si c’était hier, avoir porté Charles de GAULLE jusqu’à sa dernière demeure où il était venu si souvent se recueillir avec son épouse Yvonne qui le rejoindra, dans cette même tombe familiale, neuf années plus tard.
Leur histoire aurait pu être banale avec tout autre habitant mais là, il s’agissait d’un homme d’État, du chef de la France Libre, du libérateur, du Fondateur de la Vème République…
Rappelons les faits : C’est sur la proposition de Jean Raulet, maire de Colombey, en plein accord avec la famille que ces fils de menuisier, de boulanger, de boucher, d’agriculteurs ignorent en ces instants qu’ils entrent tout naturellement dans l’Histoire.
Monsieur le Maire avait reçu la mission de recruter les jeunes qui devaient être au nombre de dix. Mais, voilà que douze noms sont avancés. Le premier notable refusant fermement d’en éliminer deux, ils seront donc finalement douze à porter le Général en terre.
Quarante années sont passées…Seul, Gérard Merger, terrassé par une crise cardiaque, en 2006, n’est plus. Frère du menuisier qui a confectionné le cercueil du Général, Gérard Merger, lui-même menuisier mais militaire à Nancy à cette date du 12 novembre 1970, rencontre les plus grandes difficultés à rejoindre Chaumont par manque de moyens de locomotion. Il arrivera cependant juste à temps, après avoir fait du stop.
Jean-François Burkardt, se souvient, lui, d’avoir participé à « quelque chose de grandiose » : « Sur le moment, je savais l’importance que cela avait mais je ne m’imaginais pas les répercussions que l’évènement allait avoir ». Il ajoute : « Sur le coup, on ne s’en rend pas compte mais au fil du temps, on comprend l’honneur que l’on a eu… Non, je n’ai pas tremblé, je n’ai pas eu peur. C’est difficile à décrire, nous étions dans un autre monde… et d’ajouter :
« La famille de Gaulle était assez proche de mes parents (ndlr - son père était directeur de la coopérative laitière à Colombey). Bien qu’ils soient très importants, c’étaient des gens simples ».
Gilles Consigny souligne : « ... A 18 ans, on n’a jamais porté un corps et il s’agissait d’un ancien président de la République. Mais comme nous étions douze cela rassure… Il y avait du monde partout, y compris sur les toitures ; Parfois des personnes se trouvaient mal… Quand on parlait du général de Gaulle, il y avait un profond respect, par exemple lorsqu’il y avait un discours radiophonique, les enfants devaient se taire… »
Son frère Yves Consigny complète : « On pensait que cette tâche allait revenir à des Saint-Cyriens (…) A aucun moment on a pensé que le choix se porterait sur les jeunes de Colombey… Un homme d’une telle stature, d’un tel « rang » imprime des traces indélébiles dans une vie « C’était quelqu’un de simple (…) nous avons vécu dans son ombre ».
Jean-Pierre Desquins d’ajouter : « … C’est par l’intermédiaire du secrétaire de mairie et directeur du collège qu’il apprend qu’il est retenu ». « Je me souviens, je lui ai dit « je ne vais pas y aller » avant d’accepter. « C’est maintenant que je me rends compte que c’était (de Gaulle) un grand bonhomme, quelqu’un de bien… surtout si on compare les hommes politiques d’aujourd’hui ».
Christian Mairot tient à se souvenir : « Je le voyais passer dans sa DS lorsqu’il se rendait à la messe. Il nous serrait la main, paraissait accessible à tous. On respectait sa tranquillité, il respectait la nôtre. Quand il reprenait la route de Paris, tout le village était sur le pas de la porte pour lui adresser un petit signe discret de la main et le saluer de la tête avec l’air de dire « Vous pouvez compter sur nous, on est avec vous. »
Gérard Natali : Jeune chef au buffet de la gare de Chaumont, son patron lui interdit de quitter le service puis se ravise. Alors que la marée humaine obstrue chaque coin de rues, Il arrivera à la dernière minute dans la demeure familiale du Général. « Je me souviens de cette journée là comme si c’était hier (…) Tout seul quand je lis, j’y repense souvent. Ca m’a marqué ».
Jean-Paul Perreau voit un côté symbolique : Le fait que ce soit des jeunes qui aient conduit le Général de GAULLE à sa dernière demeure fut et reste « un symbole fort ». Porté le cercueil du plus illustre des Français, le libérateur de la France, le père fondateur de la Vème République est encore aujourd’hui « un honneur suprême », « un souvenir historique ».
Robert Piot évoque, quant à lui, cette anecdote au sujet de son affectation pour son service militaire: le Général m’avait convoqué : « Vous avez choisi les îles Kerguelen, voilà qui n’est pas courant de vouloir se rendre dans cet archipel perdu du sud de l’océan indien. Je vous en félicite. J’espère que vous apprendrez beaucoup sur cette plate-forme scientifique » Un peu goguenard, le Général avait ensuite sorti un billet de sa poche « ce sera pour vous acheter des cigares » lui avait-il glissé.
Patrick Raulet, fils du maire : « Il y avait énormément de monde et en même temps, c’était une cérémonie très solennelle. On entendait uniquement les bruits des hélicoptères qui survolaient le village et les crépitements des appareils photo des journalistes »
Claude Roethlisberger impressionné « Il y avait tellement d’émotion ce jour là (…) Le jour de l’enterrement personne ne prédisait qu’il y aurait autant de monde ».
Jean-Luc Verjot : « Sur le coup cela ne m’a pas fait grand-chose. Je ne me suis pas rendu compte. C’est une fois sur place que j’ai réalisé. C’était grandiose, incroyable… et de faire savoir : « Notre instituteur nous avait emmenés dans un petit chemin pour nous apprendre à marcher en portant le cercueil. Il nous a donné des conseils » sans oublier de dire aussi que « lorsque le Général passait en voiture, il faisait toujours un petit signe amical de la main… »
Quarante ans ont passé, la grande ombre de Charles de GAULLE les a marqués à jamais …eux et combien d’autres d’ailleurs ? Avançons sans risque que cette ombre planera pour l’éternité aussi bien sur Colombey, petit village de France, et en ce jour mémorable, de la France, qu’en moult endroits qui ont jalonné sa vie exemplaire… une vie hors du commun.


Parution Novembre 2010

GRAND SERVITEUR DE L’ÉTAT DONT LA MARINE PEUT ÊTRE FIERE
François-Edmond PÂRIS, n’a pas été « seulement » homme d’exception, marin, savant, artiste mais également conservateur de la mémoire des cultures maritimes à l’échelle du monde.
Bien que né à Paris en 1806, il entre au Collège Royal de la Marine à Angoulême, à l’âge de 14 ans.
Six ans plus tard, Enseigne de Vaisseau, il embarque à bord de « l’Astrolabe » en qualité d’Hydrographe pour sa première campagne autour du monde, une mission de trois années commandée par Dumont d’Urville qui va lui permettre de procéder à des levés hydrographiques d’importance.
S’en doutait-il ? Commence alors pour lui l’œuvre qui va marquer sa vie et, pourquoi pas le dire, l’histoire de la Marine en général et la variété des cultures maritimes mondiales en particulier.
L’élément déclencheur de cette tâche hors du commun voit son origine lorsqu’en 1839, à escale de Papeete pendant son troisième tour du monde, il constate la disparition complète d’une impressionnante pirogue de guerre (30 mètres de long, 144 pagayeurs), cousue à la main, ayant appartenu au roi tahitien O-Too, décrite soixante-dix ans plus tôt dans les récits de voyage de l’explorateur britannique James Cook.
A la suite de quoi, mettant à profit son extrême sensibilité et sa curiosité des peuples rencontrés, il va réaliser de nombreux croquis et relevés de leurs embarcations qu’il accompagne d’annotations méticuleuses sur leur forme, leurs matériaux et usages.
Un travail méticuleux, de longue haleine qui va s’échelonner tout au long de quelque dix-huit années de navigation sur toutes les mers du globe, au cours desquelles il va décrire, analyser, comparer méthodiquement les différents et divers bateaux d’Arabie, d’Inde, d’Insulinde, de Polynésie et d’Asie.
Au cours de cette même période, le futur Amiral PÂRIS définit, également, un nouveau champ d’étude : l’ethnographie nautique et publie, à cet effet, en 1843, « Essai sur la construction navale des peuples extra-européens », une synthèse de ses travaux sur le sujet.
Notons, que de nos jours, cet ouvrage reste de référence pour de nombreux scientifiques.
Cette même année, au retour de son dernier voyage, il perd son avant-bras gauche.
Arrive l’heure de l’ère industrielle qui va tout bouleverser…
François-Edmond PÂRIS, la mort dans l’âme, comprend que bien des bateaux vont disparaître. Pour autant, le passionné de nouvelles technologies qu’il est s’intéresse vivement à celle de la propulsion des navires par la vapeur, une technique presque inconnue dans la Marine française.
Pour pallier cette lacune, il sollicite des missions d’études « pour connaître les machines et savoir les conduire », précisant « C’est dans le pays où cet art est poussé le plus loin, l’Angleterre, que je vous supplierais de vouloir bien me permettre de faire un séjour de trois mois pour les étudier ».
Devenu expert en la matière, il prend le commandement de navires à vapeur de tous types, en particulier, en 1834, le « Castor » premier vapeur français doté d’une machine Maudslay and Field de 120 chevaux, puis, en 1848, la frégate à roues le « Gomer », le plus puissant navire français à vapeur de son époque.
Bientôt surnommé « l’Amiral des mécaniciens », chaque expérience de la mer est pour lui un champ de réflexions, d’interrogations, de recherches prolongées par des missions d’études.
Il publie ainsi plusieurs ouvrages dont le « Dictionnaire de la marine à voile et à vapeur » (1848), « Le catéchisme du marin et du mécanicien à vapeur » (1850) et « Traité de l’hélice propulsive » (1855).
Reconnu de tous par l’ampleur de son travail, adhérent à l’ensemble des institutions où peuvent s’exprimer ses compétences, il devient tout naturellement Président de l’Académie des Sciences.
1871, l’amiral PÂRIS quitte le service actif et devient conservateur du Musée naval du Palais du Louvre.
A peine arrivé, voulant faire du musée un « lieu de mémoire » accessible à tous, il dresse un bilan des richesses et des faiblesses des collections et oriente ses priorités sur les maquettes de bateaux vernaculaires et de navires de guerre à coque en fer et propulsion à vapeur.
Alors que pour les bateaux européens, il travaille avec de nombreux correspondants civils et militaires en France et à l’étranger, il amasse en même temps une documentation précieuse pour dessiner des plans à l’échelle directe d’exécution des modèles.
Chaque maquette possède son propre curriculum vitae avec date de construction, échelle, nom du modéliste, coût de fabrication, mode d’acquisition.
Après vingt-deux ans d’une activité sans égale - il a même consacré son salaire au musée - l’amiral meurt à la barre de celui-ci dont les collections se sont enrichies de quelque 200 maquettes.
En ce samedi 11 septembre 2010, « Les Témoins de l’Histoire » étaient conviés au Palais de Chaillot pour apprécier de visu l’œuvre de cet homme d’exception à qui le Musée National de la Marine rendait hommage par l’intermédiaire d’une fabuleuse exposition dite « Tous les bateaux du monde ».
Cette dernière offrant aux visiteurs un périple à travers les cinq continents, elle leur permettait de découvrir et de s’approprier les savoir-faire et les savoir-naviguer traditionnels ainsi qu’un regard très original sur le monde de la mer, sur une surface de 1.000 m2 comportant non seulement cinq bateaux en taille réelle mais, surtout, un parcours coloré impressionnant de 150 maquettes mondiales de toutes sortes et de toutes tailles réunies pour la première fois.
De plus, un ensemble inédit d’une cinquantaine d’esquisses dans le « cabinet des dessins » et un grand choix de films, parfois émouvants, complètent cette présentation exceptionnelle.
Auparavant, nous avions pu parcourir les différentes salles traditionnelles où sont présentés les remarquables pièces du musée dont la galerie des tableaux de peinture retraçant les grandes batailles navales opposant le plus souvent les marines française et anglaise ; les impressionnantes figures de proue en buste (jeune fille, Charlemagne, Henri IV, Duquesne, tête de Naïade, officier de marine) ou en pied (figure féminine à l’antique « La Poursuivante » 1796) ; l’histoire des collections (armement embarqué ou portatifs : sabres, poignards, armes à feu) ; l’aile consacrée au navires de guerre à voile et à vapeur jusqu’au porte-avions nucléaire « Charles de Gaulle » comprenant grand nombre de curiosités dont cette hache de lancement avec son histoire bien particulière du forçat qui devait fendre le dernier tin retenant le bateau (« Mistral » 1901) et qui, s’il avait le temps de courir, était sauvé sinon il périssait écrasé sous la coque… ou encore ce « Rolling fun » en verre soufflé censé conjurer le mauvais sort !
S’il fallait une preuve de l’intérêt et du succès de cet évènement exceptionnel qu’est l’actuelle grande exposition 2010 du Musée National de la Marine, il suffit de prendre en compte que sa date de clôture initialement fixée au 20 septembre a été reportée au 1er novembre prochain.
Un musée qui assume que la France est la deuxième surface maritime au monde avec ses 11.035 milliers de kilomètres, 5.500 km de littoral et que sa zone économique exclusive s’étend sur plus de 11 millions de km2.
Avec cette visite, « Les Témoins de l’Histoire » souhaitaient témoigner leur respect et leur profonde reconnaissance à l’amiral François-Edmond PÂRIS de nous avoir délégué un héritage aussi fabuleux sachant qu’à travers les bateaux ce sont les hommes qui sont présents.


Parution Octobre 2010

QUARANTE NEUF VOIX FRANCO-LONDONIENNES…
juvéniles s’élèvent soudain dans le hall d’accueil remarquablement rénové de ce renommé lycée français de Londres qui s’enorgueillit de porter le nom de l’une des plus grandes célébrités historiques de la France : Charles de GAULLE.
C’est d’abord une retentissante et émouvante « La Marseillaise » que nous interprète cette très sympathique chorale à l’uniforme de rigueur que, d’ailleurs, ne manque pas de soutenir vocalement la délégation des « Témoins de l’Histoire » venue en pèlerinage sur le territoire britannique, à l’occasion du 70ème anniversaire de l’Appel du 18 Juin 1940.
Monsieur Bernard VASSEUR, son Proviseur, qui tout au long de notre présence en son établissement ne manquera pas de nous assurer de son accueil chaleureux, de son soutien appréciable et très apprécié a prévu, également, à notre intention d’y associer « Le chant
des Partisans » ajoutant ainsi à la déjà forte émotion qui s’est emparée de l’assistance.
Non moins émotionnel sera la lecture de l’acte fondateur de la France Libre par le jeune lycéen Florian Aucomte qui avait déjà eu l’occasion de se faire remarquer lors de la venue
du Président de la République, le jour même de la date anniversaire du 18 Juin 2010.
A cet effet, le Président Christian Debril ne manquera pas de lui adresser ses plus vives félicitations et de remercier sa maman présente, précisant que c’est la première fois qu’il entendait un jeune français énoncer l’Appel historique avec autant d’intensité et de ferveur,
le tout par un par cœur impressionnant.
Bernard Grandemange dont on doit souligner ici l’excellence de sa prestation quant à la parfaite réussite de ce voyage hors frontières lira un certain « Message de Noël 1942» qu’adressa le Général aux enfants de France, depuis Londres, leur demandant de garder l’espoir ainsi que la foi en la victoire finale de « Notre-Dame la France ».
A son tour, notre ami « Témoin » Christian Libron, Président des Anciens Combattants du 6ème arrondissement de Paris évoquera la grande figure de Charles de GAULLE « Vous qui avez incarné la résistance comme Français libre n’ayant qu’une mission, celle de poursuivre la lutte pour la libération de notre pays… » rappellera-t-il.
Viendra la dépose, par une jeune et un jeune lycéens et du Président des « Témoins de l’Histoire », de fleurs amenées spécialement de France au pied de la colonne en marbre rose de Ploumanac’h (de la même veine que le Mémorial de Colombey) offerte par notre Association, le 18 Juin 2003, pour laquelle Monsieur le Proviseur de l’époque précisait « Grâce à vous, chaque jour, une génération pour qui le Chef de la France Libre n’est qu’un nom de l’Histoire parmi d’autres - une jeunesse qui n’a même pas connu Charles de GAULLE comme Président - est interpellée. ». Une colonne encadrée dorénavant par 2 vitrines remplies d’objets cultes se rapportant au Général et à la France Libre.
Après le Chef, ses Compagnons. Le Président Debril avait demandé à Monsieur le Proviseur de compléter cette première démarche par une cérémonie dans l’une des cours du lycée devant la plaque témoignant de la présence du Q.G. des Forces Aériennes Françaises Libres en ces lieux.
Charles Vaidis, ancien résistant, ancien maquisard, mettra lui l’accent sur ses rapports avec les aviateurs anglais, rendant hommage, en passant, aux paysans normands qui les avaient cachés, soignés, vêtus au nez et à la barbe des occupants et finalisera son propos par sa fierté d’avoir suivi le Général sous couvert de la Résistance intérieure.
A nouveau, un vibrant hymne national final sera interprété par la chorale du lycée.
La veille, dès notre arrivée en la capitale britannique, notre délégation s’était rendue aux abords du Q.G. des Français Libres, au 4 Carlton Gardens, immeuble portant, de nos jours, la reproduction en marbre de l’affiche placardée sur les murs de Londres, en juillet 1940.
Puis, une simple traversée de rue nous avait permis d’être au pied de la statue du Général
de Gaulle érigée à l’initiative de Lady Soames, fille de Winston Churchill non loin de celles du roi George VI et de la Reine Elisabeth situées à quelques mètres sur la même place dominant l’artère royale The Mall.
Là, après que la lecture de l’Appel du 18 Juin 1940 ait été faite par la jeune Élodie Murzyn, 15 ans, petite-fille de nos amis ardennais et que le Président Debril lui ait offert les « Mémoires » de Charles de GAULLE à titre personnel, le Président Libron à la demande de ce dernier prend la parole et s’adresse directement au Général : « … Nous ne pouvons, mon Général, en cet instant de recueillement, que nous associer dans un même hommage à celui qui vous permit d’entrer dans l’Histoire, Sir Winston CHURCHILL, dont la clairvoyance sut d’abord vous identifier en France comme le « connétable » de la France avant ensuite de faire annoncer sur les ondes de la B.B.C. le communiqué suivant : « Vous êtes seul. Et bien, je vous reconnais tout seul… ».
De son côté, Charles Vaidis prodiguera son merci à « Monsieur le Général de GAULLE » en martelant :« C’est lui qui à partir de l’Appel a permis à la France d’espérer, c’est lui qui a vengé la mort de mon père en 14-18, c’est lui qui commandait la dernière bataille de chars à Abbeville où mon frère a été tué, c’est lui qui m’a incité à m’engager dans la Résistance, c’est encore lui qui a politiquement sauvé notre France en péril… »
« La Marseillaise » sera chantée avec ferveur par la délégation représentant notre Association
Complément traditionnel de ces hommages liés à l’Histoire, viendra le temps d’un programme chargé de diverses découvertes touristiques.
Après un confortable voyage en Eurostar 1ère classe, ce premier après-midi, d’un séjour de quatre jours, sera consacré à une promenade pédestre incluant un certain nombre de monuments typiques que nous reverrons, le lendemain matin, mais cette fois grâce à un Tour de Londres en bus à impériale pendant quelque 2 heures 15. Suivra la traditionnelle Relève de la garde à Buckingham Palace où il faudra jouer des coudes pour voir une partie du spectacle !
Au programme de l’après-midi suivante : Croisière sur la Tamise. Depuis le fleuve nous aurons l’occasion d’apprécier « à la fraîche » (alors qu’il fait une chaleur plus qu’évidente !) Londres vu d’un angle très différent, en un aller et retour reposant jusqu’à Greewich.
Le vendredi matin, visite de l’originale St Clement Danes Chapel, un « endroit qui respire la paix et la tranquillité » dédié à la Royal Air Force dans laquelle on remarquera en particulier le livre-Mémorial contenant 16.000 noms des membres de l’U.S. Air Force tombés durant la Seconde Guerre Mondiale postés au Royaume-Uni, des armoiries, le retable représentant l’Annonciation et ses vitraux,une chair datant de 1720, le lutrin (pour la lecture de la Bible), l’orgue offerte par l’U.S. Air Force, presque 900 insignes d’escadrons et d’unités et dans la crypte la chaîne pour déjouer les plans des déterreurs de cadavres !
Sur la lancée, suivra la visite du Mémorial Trinity Square Gardens, dédié aux marins de la marine marchande disparus au cours des deux guerres, l’approche de la Tour de Londres (assiégée par une multitude de touristes !) et la traversée à pied du si célèbre Tower Bridge nous permettant d’arriver au croiseur BELFAST de 11.500 tonnes, attraction populaire faisant partie intégrante du paysage et à bord duquel nous resterons deux bonnes heures pour s’imprégner de la vie à bord et visionner les divers éléments l’équipant.
Notre dernière escapade aura pour cadre le British Museum, là même où nous approcherons au plus près la fameuse Pierre de Rosette, les marbres d’Elgin, le vase de Portland…
L’Histoire avec un grand H, par l’hommage rendu à ceux à qui nous devons notre liberté et d’avoir recouvré notre honneur, l’intérêt touristique de la capitale anglaise, l’ambiance conviviale régnante au sein du groupe, voilà bien les aspects de ce voyage des plus profitables (qui en appelle d’autres !) à mettre, une nouvelle fois, à l’actif de notre active Association.


Parution Août-Septembre 2010

CH’ BOIN VIU TEMPS A HUPPY

HUPPY ? Qu’évoque ce nom pour bon nombre de nos concitoyens ?
A l’exception de passionnés d’Histoire de France, ce petit village picard du Vimeu, du haut
de ses 98 mètres, n’était certes pas destiné à frapper les esprits et à se mettre en évidence mais plutôt, au milieu de vergers et de pâtures, à satisfaire de sa quiétude, les quelque 785 âmes qui composent sa population faite d’agriculteurs, avec des maisons de maîtres du siècle passé.
Et pourtant, malgré lui, il va jouer un rôle prépondérant dans le destin de notre « cher et vieux pays » et ce, dans la période la plus sombre de notre Histoire.
Nous sommes en mai 1940. Le Colonel de GAULLE qui vient de donner - à Montcornet (Aisne) - une magistrale démonstration de tactique militaire en appliquant, le 17 du mois, ses théories des années 30 sur l’utilisation de l’arme blindée appuyée par l’infanterie, poursuit son action dans la région d’Abbeville où il a été appelé, avec sa 4ème D.C.R. (formée à la va-vite), pour contrer l’envahisseur teuton, à savoir le 19ème Corps blindé de Guderian.
C’est la fameuse « Bataille d’Abbeville » à portée de canons de Huppy (11 kilomètres) au cours de laquelle, cet officier qui vient tout juste d’être nommé général de Brigade, lance l’une des rares contre-offensives victorieuses de la « Bataille de France » avec son bilan souvent ignoré de quelque 116.000 petits gars de chez nous tués au combat.
Effectivement, quelle unité française - à pareille époque - peut se targuer d’avoir totalisé quatre centaines de prisonniers à son actif ?
Mais, reprenons très succinctement les faits historiques dans l’ordre chronologique :
Le 28 mai, la division livre de très durs combats à Huppy, Limeux, Caumont, Huchenneville Frechancourt et sur les rives de la Somme.
Le 29, son avance reprend en direction du Mont Caubert et de la vallée de la Somme.
Le 30, elle peut être considérée comme « dépensée » (CR 1484/4 S du général, commandant le groupement « A », en date du 30 mai).
Pourtant, le même jour, malgré la fatigue et les pertes, elle oriente son action sur l’axe Moyenneville-Cambron, débordant ainsi largement par l’Ouest les hauteurs de la rive gauche de la Somme : Mont Caubert, Camp de César.
Le lendemain 31 mai, après avoir remporté un indiscutable grand succès, elle est ramenée vers l’arrière afin de procéder à sa reconstitution.
Fort de cet exploit, Charles de GAULLE peut-il admettre de baisser la garde à cet instant ? NON ! car dans l’esprit de « l’Homme du refus à l’abandon » mûrit la volonté de continuer, coûte que coûte, le combat contre l’ennemi soit dans le « réduit breton », soit encore en Afrique du Nord voire aux côtés des alliés, en Grande-Bretagne.
C’est bien à son Quartier Général d’Huppy qu’il prend sa décision définitive, à quelques heures de son rappel à Paris comme Secrétaire d’État à la Guerre : Un Q.G. établit au château même du village, composé d’un corps principal de logis flanqué de deux tours au Sud avec son aile nord perpendiculaire dans le prolongement de l’ancien château du XVème siècle (reliés ensemble autrefois) au sein d’un grand parc aux hêtres séculaires, l’ensemble entouré par un mur de briques picardes et d’un porche également du XVème attesté par la date de 1692 inscrite sur le mur et à proximité immédiate de l’église Saint-Sulpice de style gothique flamboyant, bâtie en craie de pays qui connaîtra les ravages des bombardements.
De retour sur place, neuf ans plus tard, devant des milliers de personnes, Charles de GAULLE ne précise-t-il pas dans un discours qui fait suite à une messe célébrée sur le perron du château: « de ces évènements-là, je vous le dis ici à Huppy, c’est de ces évènements qu’est partie une autre histoire… oui, c’est ici qu’en vint l’idée à celui qui vous parle… » ?
« Une autre histoire », ce sera le célèbre et nécessaire « Appel du 18 juin 1940 » lancé sur les antennes de la radio de Londres, ce sera la constitution de la France Libre, ce sera les succès de la France combattante, ce sera la présence de la France à la signature de la Victoire avec pour finalité la reconnaissance de la France comme quatrième puissance mondiale.
70, 61 et 56 ans après, jour pour jour (29 mai 1940-29mai 1949-mai 1964) après la présence à Huppy du Général, comme tel, comme citoyen « retirer des affaires » puis comme Président de la République, les « Témoins de l’Histoire » sont chaleureusement accueillis à leur tour pour un pèlerinage se voulant commémorer les combats de mai 1940 qui préfigurent cette « flamme de la Résistance qui ne doit pas s’éteindre et qui ne s’éteindra pas ».
En effet, ils ont tenu en cette année du 70ème anniversaire de l’Appel, du 120ème anniversaire de la naissance et du 40ème anniversaire de la disparition du Général, à se mettre « dans les pas de Charles de GAULLE » en se rendant respectivement (chaque mois anniversaire de sa
vie ) à Lille pour la naissance, Verdun pour la Grande Guerre, Calais pour le mariage, Abbeville pour les évènements de 40, suivi de Londres pour la France Libre. Un périple historique qui se terminera à Colombey-les deux-Eglises en novembre, pour sa disparition.
C’est Monsieur Claude Piette, Président de la Sauvegarde du Patrimoine artistique et Culturel à Huppy qui nous brosse la genèse du remarquable monument ( triptyque en marbre érigé en bordure de route nationale) inauguré voilà une vingtaine d’années, au lieu-dit « La croix de Lorraine » en raison de l’implantation d’un tel symbole, en bois (remplacée ensuite par une autre en grès bleu) en souvenir de réfugiés tués après mitraillage sur cette même voie.
Malgré la pluie battante et un vent violent, trois jeunes enfants dont Bruneau Lambert pour les Témoins et Charlotte Lefebvre pour la commune vont déposer une gerbe de fleurs après exécution des sonneries réglementaires, de « La Marseillaise » et de « La marche Lorraine ».
Puis, pour un cérémonial identique, Monsieur Michel PIGNEL, premier notable, ses adjoints dont Monsieur Laurent LEFEBVRE et autres Conseillers nous accompagnent pour un recueillement devant le château d’Huppy où nous retrouvons la croix de Lorraine en grès bleu « transplantée » à laquelle ont été ajoutés un buste de Charles de GAULLE ainsi qu’une plaque commémorative rappelant aux passants qu’ici se situait le Q.G. du Général en 1940.
Hommage rendu, une surprise nous est réservée avec la visite non prévue du « Musée des gens de terre » accueillis - toujours chaleureusement - en la propriété de Mr et Mme Christophe PLÉ où un pot de l’amitié sera servi, en toute simplicité dans une ambiance très amicale avec promesse de nouer des liens et de nous revoir.
Cette étonnante découverte d’un nombre incalculable d’objets, des temps jadis, relevant des métiers de la terre dont un certain nombre de machines agricoles sera pour nous des plus profitables, ravivant nos mémoires, pour un certain nombre d’entre nous, à la vue d’ustensiles ménagers parfois employés dans notre jeunesse… Ajoutons que ce musée entrait parfaitement dans l’optique de l’un de nos fondements : la sauvegarde du patrimoine.
Le matin de notre trop bref séjour en Picardie, avait été consacré à un embarquement à bord du baliseur « Somme II » (surnommé « Le Tonnier » par les habitants de la baie, du nom des bouées, les Tonnes) à Saint-Valéry-sur-Somme, une escapade maritime qui nous offrait non seulement des vues magnifiques sur la ville, les plans d’eau, marais, dunes et prés salés mais, encore plus, nous gratifiait de la présence d’oiseaux et de phoques, ces derniers nous faisant une escorte joueuse mais prudente, ne laissant qu’émerger leurs têtes curieuses.
Auparavant, une flânerie de détente nous avait menés en ville basse et en ville haute appréciant au passage leurs maisonnettes peintes, leur chapelle des marins, leurs portes de Nevers et Guillaume à la restauration parfaitement réussie, pour ne citer que cela.
La chaleur de l’accueil d’Huppy, l’émotion des cérémonies, le circuit historique, le musée, la navigation, l’approche de la propriété du général LECLERC à Tailly : que de souvenirs glanés en une seule journée, alors sans aucun doute avec HUPPY : ch’ boin temps !


Parution Juin-Juillet 2010

« SI L’ON OUVRAIT MON CŒUR ON Y TROUVERAIT GRAVÉ LE NOM DE CALAIS… »

Ainsi s’exprime Marie Tudor, reine d’Angleterre, qui éprouve un coup mortel lorsque le duc de Guise, en 1558, enleva la place de Calais aux mains des « Goddons » pendant plus de deux siècles.
Une autre reine marquera l’histoire du Calaisis en prenant la défense des célèbres « Bourgeois de Calais » conduits par Eustache de Saint-Pierre condamnés au bourreau par le roi Edouard III d’Angleterre lequel, dès le 3 septembre 1346, huit mois durant, assiègera en vain la place affamée dont il souhaitait en faire une base puissante.
En réalité, à l’été 1347, alors qu’ils se présentent devant le roi « en chemise, les chefs nus, les pieds déchaux, la hart (corde) au col, les clefs de la ville en leurs mains » en se sacrifiant pour éviter aux Calaisiens le fil de l’épée, la reine Philippine de Hainaut épargna leur vie par une supplique au souverain : « Ah, gentil sire… vous prie humblement et requiers pour le fils de sainte Marie et pour l’amour de moi que veuillez avoir de ces hommes merci. »
En 1895, mémorisant cet épisode historique fort connu, le sculpteur Rodin va réaliser une oeuvre en bronze frémissante de vie et d’émotion mettant en valeur ce groupe aux six effigies grandeur nature, hautaines, tendues, aux veines et aux muscles gonflés qui expriment leur noblesse héroïque obligée de s’humilier devant le roi d’Angleterre.
La délégation des « Témoins de l’Histoire » venue en pèlerinage à Calais, en ce samedi 10 avril de l’an 2010, ne manque pas de s’extasier devant ce témoignage concret de l’Histoire de France, une œuvre particulièrement bien implantée avec pour toile de fond le remarquable Hôtel de Ville aux lignes élancées, bâti en briques et pierre, dans le style flamand du XVème siècle qui s’enorgueillit de magnifiques vitraux et d’avoir été le théâtre du mariage du nordique Charles de Gaulle avec Yvonne Vendroux, Calaisienne de souche.
Dans le cadre de son année gaullienne comportant le 70ème anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940, le 120ème anniversaire de la naissance et le 40ème anniversaire de la disparition du Général, notre Association a mise à son programme la visite de ce grandiose édifice municipal où est ouverte, à notre intention, la salle des mariages où se déroula effectivement l’union civile du Capitaine de Gaulle avec Yvonne Vendroux, le 7 avril 1921.
Un soleil radieux transperçant les splendides et lumineux vitraux de l’escalier d’honneur évoquant la libération de Calais de la domination anglaise, nous pûmes, également, admirer successivement les salons d’honneur, la salle du Conseil municipal, le salon d’apparat d’où le Général - accueilli officiellement par son beau-frère Jacques Vendroux alors maire de la ville - sortit par une porte dérobée dans le mur pour échapper à la liesse des Calaisiens qui l’attendaient sur la grand-place.
Une seule chose nous sera refusée, la visite du beffroi - doté d’un joli carillon - culminant à 75 mètres, actuellement en pleine restauration.
Auparavant, notre premier geste avait été de nous rendre, dès notre arrivée, à la stèle érigée par souscription publique, le 10 septembre 1995, afin de marquer ce même mariage, mais cette fois religieux, sur la place même de l’église Notre-Dame.
Là, en compagnie de braves gens efficaces dont Monsieur Gérard Beauvillain de l’Association « Les Amis du Vieux Calais » qui facilita grandement notre venue en Picardie et du Président des A.C.P.V.G. que nous rencontrions pour la première fois, nous déposâmes une gerbe de fleurs après exécution des sonneries réglementaires, et de l’exécution de « La Marseillaise » et de « La marche Lorraine ».
Sur un plan descriptif sommaire, cet imposant monument comporte pour la postérité, sur la face avant, un bronze original en relief aux effigies de Charles et d’Yvonne de Gaulle ainsi que les raisons de son édification et, sur la face arrière, un certain nombre d’inscriptions telles « Un coin de mon cœur est resté à Calais » (Yvonne de Gaulle) ou encore « Pour vous Yvonne sans qui rien ne se serait fait », « La France c’est tout à la fois, c’est tous les Français » (Charles de Gaulle) encadrant une croix de Lorraine creusée dans la pierre.
Notre présence attirera un certain nombre de touristes et de curieux qui vont en profiter pour photographier cette inattendue cérémonie pour eux … cérémonie qui fera, par ailleurs, l’objet de reportages dans les deux journaux locaux.
Un autre moment très fort de notre venue dans le port de la cote d’Opale est la découverte de l’église Notre-Dame, en pleine restauration, dont la masse est visible des quatre coins de la ville, qui nous est ouverte à titre amical sous couvert de Monsieur Dominique Darré, Président de l’Association pour la Mise en Valeur du Patrimoine du Calaisis.
En ce qui le concerne et le moins que l’on puisse dire est que nous avons eu à faire à un passionné d’histoire de « son » église dont il va nous dévoiler les détails, les secrets, ses propres ambitions (qui sont grandes) au profit de cet édifice religieux dont la construction s’étale du XIIIème au XVIIème siècle. Ses brillantes explications faisant l’objet d’une attention studieuse de son auditoire qui ne manquera pas de lui poser moult questions.
Seule église de ce type en Europe continentale qui tire son originalité par son mélange de style (gothique perpendiculaire anglais en particulier) et se trouve sur le chemin de pèlerinage de la Via Francigena (Canterburry-Rome), elle est devenue célèbre de par l’union, le 7 avril 1921, des deux personnages que nous honorons quasiment jour pour jour… quatre vingt neuf ans après !
Que Monsieur Beauvillain soit, à cet instant, vivement remercié de sa compréhension à notre égard et qu’il sache combien nous avons été sensibles à son geste d’offrir à notre Association le document rarissime témoignant l’attachement des deux personnages à la capitale mondiale de la Dentelle mécanique, en l’occurrence la visite qu’ils firent à « leur » église (alors grandement détruite et sans toît), le 27 avril 1966.
Il nous avait gratifiés, par ailleurs, d’une exposition photographique personnalisée issue de la photothèque des « Amis du Vieux Calais » de grand intérêt historique.
Une journée dans son ensemble très conviviale qui nous aura permis de découvrir, en plus des monuments précités, quelques curiosités de la ville (merci à notre guide Marie-Claire Grassein épaulée par Michèle Lesaffre): la tour du Guet, le phare et ses 271 marches que les plus courageux gravirent, les abords de la citadelle, le village du Courgain maritime, le port avec sa colonne Louis XVIII rappelant le débarquement du roi en 1814, la place d’Armes, la façade de la Cité internationale de la dentelle et de la mode, les biscuiteries Vendroux.
Une autre curiosité, plutôt un étonnement : la rotation permanente des ferries à destination ou en provenance de la Grande-Bretagne où nous irons en juin prochain.
Bref, des instants des plus profitables aussi bien sur le plan historique (objet de notre démarche) que sur le plan humain et touristique, avec pour conséquences : notre adhésion aux deux organismes précités, notre soutien au parrainage de la rose « Notre Dame de Calais » qui ornera le futur jardin d’inspiration Tudor entourant l’église ou encore notre nouvelle venue, dans la capitale mondiale de la Dentelle mécanique, au colloque des 20 et 21 Novembre ayant pour thème : « Le Général de Gaulle et la Résistance ». Vaste programme disait le Général !


Parution Mai 2010

UNE HISTOIRE DE PLUS DE 250 ANS…
dans laquelle s’impliquent Louis XV, Madame de Pompadour, l’Ancien régime, l’Empereur, Napoléon III, la République hésitante d’avant 1900 et André Malraux.
Remontons donc le temps, celui où les rois de France étaient les protecteurs naturels des Beau-Arts et plus particulièrement Louis XV, enfant de cinq ans, seul survivant de la lignée légitime de Louis XIV qui le bénit sur son lit de mort.
Le 16 février 1723, Louis XV atteint sa majorité mais ce n’est qu’à la mort du cardinal de Fleury, le 29 janvier 1743, que Louis XV gouverne personnellement.
Mal préparé à cette haute fonction par ce précepteur, par ailleurs évêque de Fréjus, qui pourtant lui a fait donner une excellente instruction, le jeune monarque est un lecteur assidu. Indolent, il se contentera de laisser tourner « la bonne machine » de l’État.
L’Histoire de France qui retient plus facilement le règne du « Roi Soleil » ne peut, pour autant, ne pas faire valoir l’esprit curieux, subtil qui le caractérise ; de même qu’elle ne peut passer sous silence ce passionné de Sciences qui s’intéresse également à la physique, à l’astronomie, à la médecine et à la géographie.
C’est lui qui fit créer les chaires de physique et de mécanique au Collège de France, c’est lui qui fonda l’École des Mines et le corps des ingénieurs des Ponts-et-Chaussées, l’Académie de Marine de Brest, l’École Militaire de Paris, c’est encore lui qui chargea Cassini de dresser la carte du royaume.
On lui doit également, en 1745, la victoire de Fontenoy dans la guerre de Succession d’Autriche, la perte de l’Inde et du Canada en 1763, la Corse achetée le 15 mai 1768 à la République de Gênes, le coup de majesté du 7 décembre 1770 qui brisa les parlements et réforma la justice.
Pour finalité, un royaume puissant et en expansion telle est la France à sa mort, le 10 mai 1774, à Versailles.
Côté cœur, Louis XV ne comptait plus ses maîtresses.
Retenons celles qui lui ont donné des enfants : Pauline de Nesle, Marie-Louise O’Murphy, Catherine Hainault, Lucie d’Estaing, Anne de Romans, Jeanne Louise de la Colleterie.
En 1740, trois sœurs se succèderont dans la faveur du roi…
Reste la période brillante du règne liée à la mémoire de la Marquise de Pompadour dont le nom « galant et pomponné rimait bien avec l’amour ».
Ces deux personnages qui, finalement, nous ramènent au sujet, objet de toute notre attention, pour cette sortie hors du commun de notre Association en ce samedi 12 mars 2010 : la visite commentée des ateliers (et non du musée national de céramique!) de la Manufacture de Sèvres.
Technique ignorée par son prédécesseur, Louis XV créé la manufacture royale de Vincennes, installée dans le château du même nom, où les deux frères Dubois et Claude-Imbert Gérin, céramiste de génie, mettent au point une pâte de porcelaine tendre et toutes les couleurs nécessaires à la création du décor.
En 1745, le monarque accorde à la Manufacture sa protection, le monopole de la fabrication
et la décoration de la porcelaine en France.
A la suite de la profonde réorganisation de 1751, cinq ans plus tard, la Manufacture nationale de porcelaine poursuit l’activité de la Manufacture royale de Sèvres dans un palais construit pour elle, en lieu et place de ce qui aurait dû être une usine.
Protégée par Jeanne Poisson plus connue sous le nom de Madame de Pompadour, favorite royale avec le titre de dame du palais de la reine, celle-ci acquiert une position dominante en Europe, grâce à ses privilèges royaux et la qualité de sa production.
Notons au passage que la maîtresse de Louis XV, épouse du fermier général Charles Guillaume Le Normant d’Étioles jouera un rôle déterminant auprès du souverain, à la Cour et au gouvernement dans le domaine des Arts, de la philosophie, des lumières et de l’édilité parisienne. Elle contribuera au renversement des alliances et à la chute de plusieurs ministres. Choiseul lui devra sa fortune.
Vint l’époque de l’Ancien Régime, la perfection de la Manufacture est telle qu’elle écrase toute l’Europe y compris la Manufacture pionnière de Meissen qui fabrique la « porcelaine de Saxe ».
Il faut dire que Louis XV qui subventionne sa production par une dotation annuelle offre des porcelaines, tout au long de l’année, comme outil diplomatique. De plus, pour la Noël, il en fait porter à Versailles pour en faire des cadeaux et encourager les courtisans à en acquérir.
Bientôt, le style de la Manufacture évolue : les décors peints imitant des gravures traduites en camaïeu, imitent dorénavant la peinture en polychromie.
Toutefois, faute de l’indispensable Kaolin, Sèvres dans l’impossibilité de fabriquer la même pâte que la Chine et l’Allemagne qui utilisent de la « porcelaine dure » se doit de produire de la « porcelaine tendre » rayable à l’acier. Ce n’est qu’en 1770 que la même technique est utilisée pour faire des « biscuits » ressemblant plus que jamais au marbre ou pour imiter d’autres matériaux laque, soieries, joaillerie.
Notons que la pâte tendre qui gardait ses adeptes, servira à la fabrication du service de Louis XVI, aujourd’hui propriété de la reine d’Angleterre.
Sous Napoléon 1er, la manufacture retrouve tout son lustre. Elle connaîtra une grande période sous Napoléon III avec ses décors « pâte sur pâte » sous l’influence de l’Extrême-Orient.
En 1871, avec la disparition du souverain, Sèvres perd son protecteur naturel.
La République hésitante décide quand même de la maintenir en activité mais ce n’est que vers1900 qu’elle va connaître une véritable apogée.
Au cours du XXème siècle, elle connaît les heurs et malheurs de son temps : participation à l’expo des Arts décoratifs en 1925, en 1927 elle obtient son indépendance financière avant d’être atteinte par la crise économique de 1929 et sa réintégration dans le budget de l’État en 1941. Après guerre, en 1950, fidèle à ses qualités techniques elle traduit « le style 1950 ».
C’est André Malraux qui, en 1966, la sort de sa routine et lui désigne Serge Gauthier un directeur « explosif » qui introduit des artistes contemporains.
Lorsque notre délégation pénètre dans les murs de cette remarquable institution, il n’est pas besoin des précisions de notre charmante guide pour nous imprégner de la quiétude des lieux en opposition totale avec le charivari, le tohu-boru de notre vie présente.
Nous entrons, effectivement, dans un autre monde, où le temps ne compte absolument pas.
Seuls la précision, le savoir faire unique, l’amour de la bel ouvrage ont droit de cité chez les quelque 150 agents dont 120 céramistes (agents de l’État formés pendant 3 ans au centre de formation interne) qui exercent une trentaine de métiers différents dans 27 ateliers existants.
Grâce à leur haute technicité, 2 à 4.000 pièces sortent, par an, des ateliers qui dépendent les uns des autres, selon les techniques artisanales datant, pour la plupart, du XVIIIème siècle.
Un tiers de leur production est attribué aux grands corps de l’État (palais de l’Élysée, hôtel Matignon, Assemblée Nationale, Sénat, ambassades) l’autre partie étant commercialisée.
Notre attention est totale à l’écoute des explications révélant un langage spécifique tel celui concernant le « magot » (autrement dit la réserve) où plus de 90.000 moules sont conservés.
Elle est peut-être encore plus à la mise en pratique visuelle du célèbre bleu de Sèvres fabriqué sous nos yeux et réparti pour la teinture d’une assiette ; elle est, sans aucun doute, plus spectaculaire devant et à l’intérieur de l’un des 6 fours à bois du XIXème siècle dont l’un sert encore occasionnellement pour des réalisations de « décor de grand feu ».
Compte-tenu du nombre de métiers, plusieurs cuissons sont nécessaires pour achever une pièce en porcelaine de Sèvres (au moins 8 fois à haute et basse températures).
Le temps nous a paru bien court à la sortie de cette visite recommandable et recommandée, nous étions ainsi au diapason de ces techniciens hors pairs qui font la renommée à travers le monde de leur Manufacture mais aussi celle du savoir-faire artistique de la France.


Parution Avril 2010

SON PLUS MAUVAIS SOUVENIR, LE VILLAGE DE DOUAUMONT…

Dans ses Mémoires accessoires, son fils, l’Amiral Philippe de GAULLE écrit « Le village de Douaumont restera, pour lui, son plus mauvais souvenir ».
Cette confidence de quelques mots résume, à elle seule, l’effective bien triste journée vécue, ce 2 Mars 1916, par le Capitaine Charles de GAULLE, commandant la 10ème compagnie du 3ème bataillon du 33ème Régiment d’Infanterie en ligne
Un mauvais souvenir pour deux raisons : non seulement le combattant qu’il est a vu sa compagnie écrasée, mais encore plus, l’inimaginable s’est produit, il est tombé entre les mains de l’ennemi. En voici des extraits des faits, rapportés par l’Amiral :
A 6 heures 30, un bombardement massif d’une centaine de canons s’abat sur la ligne française qui va subir un pilonnage de plusieurs heures qui ne se ralentit que vers 11 heures.
37 hommes seulement de la compagnie de GAULLE sur plus de 180, répondant aux appels de leur capitaine tirent sur la vague d’Allemands qu’ils voient surgir devant eux et qu’ils plaquent au sol.
Ayant réussi à contenir ce premier assaut, ils subissent un deuxième bombardement non moins brutal et concentré.
Soudain, accourant des ruines du village jaillit à quelques mètres un flot de jeunes Allemands hagards poussés par les hurlements de leurs sous-officiers qui lancent des grenades et sautent dans la tranchée adverse…
… ce qui subsiste de l’unité du Capitaine de GAULLE est, à cet instant, coupé en deux îlots de résistance.
Vers 14 heures, comprenant qu’ils vont être détruits sur leurs positions en pure perte, le capitaine de GAULLE, contrairement à l’ordre général de résister sur place, décide de tenter une percée avec la dizaine d’hommes qui lui reste.
Ils tirent en enfilade dans un vieux boyau éboulé qui passe au sud de l’église. Le croyant dégagé le capitaine s’y faufile le premier, un fusil à baïonnette à la main.
A peine a-t-il sauté dans une sorte d’entonnoir qu’un groupe d’Allemands accroupis de part et d’autre dans un boyau perpendiculaire qu’il n’a pas vu, se jettent sur lui.
Il reçoit un violent coup de baïonnette dans la cuisse tandis qu’un coup de fusil à bout portant tue le sergent fourrier derrière lui.
Une grenade lancée d’on ne sait où explose dans la mêlée. Le Capitaine de GAULLE s’évanouit. Lorsqu’il reprend connaissance, on le traîne par terre jusqu’à la position qu’il vient de quitter occupée désormais par les Allemands.
En même temps, des tirs de contre batterie française commencent à s’abattre indistinctement sur vainqueurs et survivants.
En moins de 4 jours, 32 officiers et 1.442 hommes du 36ème R.I. sur moins de 2.000 au total sont tombés permettant à la seconde ligne française de ne pas être enfoncée.
Par conséquence, l’avance allemande est stoppée le 6 mars sans qu’elle ait pu s’emparer du terrain au sud de Douaumont.
Porté disparu, le Capitaine de GAULLE fait l’objet d’une citation à l’ordre de l’Armée signée Philippe PETAIN, commandant la 2ème armée dite « de Verdun ».
« Mon fils est mort en faisant son devoir » fait savoir son père.
Mais, deux mois plus tard arrive, via la Suisse, une lettre et ses certificats de blessures.
« Etre fait prisonnier, dira-t-il, ce n’est pas de la chance, c’est comme d’être cocu ».
Suivront cinq tentatives d’évasion puis, en 1920, ses combats au service de la Pologne contre les bolcheviques.
A la suite de quoi, il peut être avancé que, pour Charles de GAULLE, son histoire liée à l’Histoire de France qu’il finira par façonner ne fait donc que continuer…
En ce samedi 20 février 2010, « Les Témoins de l’Histoire » ont mis à profit leur 77ème pèlerinage traditionnel à Verdun pour effectuer une visite commentée du Fort de Douaumont (véritable cimetière où gisent des centaines de combattants) après s’être rendu sur les lieux des combats (village du même nom) du 33ème Régiment d’Infanterie et de l’un de leurs chefs, Charles de GAULLE, dont cette année verra le 70ème anniversaire de l’Appel du 18 Juin 1940, le 120ème anniversaire de sa naissance et le 40ème anniversaire de sa disparition.
Cet hommage fait suite au périple commencé en novembre à Lille, pour sa naissance et précède ceux de Calais, en avril (mariage avec Yvonne Vendroux), Abbeville, en mai (combats de reconquête1940) ainsi que Londres, pour la France Libre, en juin…
Les combats de 1940, voilà bien un sujet sur lesquels notre Association s’est fait un point d’honneur de sortir de l’ombre (contrecarrant les malheureuses images données quant à une certaine débandade !) en jumelant la bataille de Verdun avec un pèlerinage dans les Ardennes.
N’oublions jamais qu’en 40, pas moins de 116.000 soldats sont tombés face à l’envahisseur.
C’est ainsi que pour sa 13ème édition, notre Association a tenu à rendre hommage au 36ème R.I. qui s’est couvert de gloire dans le petit village ardennais d’OCHES.
Son sympathique Maire a bien voulu nous y accueillir pour nous préciser, je le cite :
« Au printemps 2009, Monsieur DEBRIL, vous me confirmiez votre présence à OCHES, le 21 février 2010. La municipalité, les habitants du village et moi-même sommes heureux de vous accueillir. Vous avez souhaité - en prolongement de votre 77ème pèlerinage traditionnel de Verdun - venir rendre hommage aux Combattants qui se sont opposés à l’envahisseur du 25 mai au 9 juin 1940, commémorer, honorer, vous recueillir devant notre monument aux morts et aux stèles implantées sur le territoire municipal.
Il y a 70 ans, les 23,24 et 25 mai 1940, la 1ère brigade de Spahis - composée du 4ème Régiment de Spahis Marocains et du 6ème Régiment de Spahis Algériens - commandée par le Colonel JOUFFRAULT, prenait position dans le secteur avec mission de stopper les Allemands qui venaient de franchir la Meuse.
Les Algériens s’installaient sur la commune de SY et les Marocains chez nous à OCHES ; pendant plusieurs jours, les fiers Cavaliers, à cheval et à pied, luttèrent avec acharnement ne laissant pas l’ennemi investir le secteur bien qu’il soit supérieur en nombre et en armement notamment en blindés.
Ils devaient alors être relevés par le 36ème R.I. dont de nombreux soldats ont trouvé la mort.
Trois stèles ont été posées au pied de l’église en leur souvenir : la première est celle du 36ème R.I. qui a perdu des siens dans le secteur et à OCHES ; la seconde, a été posée par le 4ème Régiment de Spahis Marocains dont 30 officiers, sous-officiers, brigadiers et spahis ont été tués ou grièvement blessés à OCHES ;la troisième enfin a été posée par les fantassins de la 16ème division d’infanterie allemande qui ont eu de lourdes pertes face à l’Armée française.
Par respect, en ce jour, pensons à tous nos soldats du 36ème R.I. ainsi qu’aux Spahis tombés au champ d’honneur en notre commune.
Monsieur DEBRIL, soyez assuré, courant 2010, je ferai remettre en état les gravures sur la stèle du 36ème…. Je vous remercie tous ici présents d’être venus… » (fin de citation).
Il faut dire que Monsieur le Maire était très satisfait d’une présence en nombre inespérée.
La chaleur de l’accueil des Lochards nous a bien vite fait oublier la fraîcheur de cette journée dominicale. Ce plaisir de rencontre s’est d’ailleurs effectué tout naturellement après une traversée du département des Ardennes recouvert d’une bonne épaisseur de neige qui n’a pas été sans nous procurer des craintes mais aussi un plaisir des yeux à la vue de paysages grandioses avec leurs arbres givrés ajoutant à la beauté d’une nature sauvage immaculée.
A mon tour de vous remercier, Monsieur Michel RATAUX, de nous avoir permis d’accomplir notre mission à l’égard de nos contemporains et des générations futures. Nous retenons, de vous et de vos administrés, le souvenir de braves gens pour qui le mot FRANCE, la France éternelle et sa grandiose Histoire gardent toutes leurs valeurs dont l’espoir en son avenir.


Parution Janvier 2010

« AVEC L'ÂGE, C'EST TOUJOURS L'ENFANCE QUI PREDOMINE ET SI JE POUVAIS ÊTRE MOI-MÊME, CE SERAIT PROBABLEMENT RUE PRINCESSE OU JE SUIS NÉ..."
Cette confidence faite à l’automne de sa vie prouve, si besoin était, malgré le temps s’écoulant combien Charles de GAULLE restait très attaché à Lille - capitale de la Flandre française détruite à plusieurs reprises au cours de onze sièges - où il vit le jour.
L’enfance qui prédomine… c’est d’abord la naissance, le 22 novembre 1890 à 4 heures du matin, au 9 rue Princesse là même où Jeanne Maillot, bien qu’habitant Paris, respecte la tradition de l’époque qui veut qu’un accouchement, alors une affaire uniquement de femmes… même le docteur, dans une pièce voisine, n’intervient qu’en cas de graves problèmes... (il n’y en eut pas !) ait lieu chez sa propre mère.
Cette voie (rue de la Constitution pendant la Révolution), proche du centre ville, située dans le quartier Saint-André très populaire connaissait une certaine animation avec ses entrepôts, ses abattoirs et l’activité générée par le canal de la Basse Deûle.
Malgré de nombreux commerces et entreprises artisanales (cordonnier, filateur de coton, coiffeur, marchand de légumes, entre autres) la rareté de la circulation et la discrétion de ses habitants en faisaient sa réputation.
Ces commerces côtoyaient les habitations résidentielles dont celle du numéro 9 où habitaient les grands-parents du petit Charles, de bourgeoisie moyenne.
La rue Princesse dépendant de la paroisse et de son lieu de culte, l’église Saint-André édifiée sous Louis XIV, dans la rue Royale, c’est dans cette maison de Dieu, que Charles, André, Joseph, Marie de GAULLE est baptisé le jour même de sa naissance toujours selon la coutume, et ce pour éviter tout risque de mort prématurée non négligeable à l’époque.
L’enfance qui prédomine… c’est donc et aussi ce 9 rue Princesse avec son entrée aux larges battants et son porche bordé de trottoirs où s’arrêtaient les voitures mais non pas « l’oncle Achille » fulgurant Spahi lequel, à l’émerveillement des enfants penchés aux fenêtres, avait l’habitude de faire caracoler sa monture dans la cour avant de venir saluer la maîtresse de maison, la grand-mère Maillot-Delannoy.
Le jardin intérieur comportait 2 pelouses, 9 arbres, des buissons de houx pour cacher le mur du fond ainsi que des arbustes dont une vigne tout au long des murs de mitoyenneté.
L’enfance qui prédomine… c’est encore les anciens ateliers de la propriété constitués de 3 pièces dont la troisième, longue au plancher raboteux, servait de salle de jeux pendant la mauvaise saison ou les jours de pluie. C’est également dans ses murs que des pièces de théâtre étaient écrites et jouées par les enfants de la demeure qui n’étaient admis dans les salons des grands-parents que pour les grandes occasions, parfois également dans la claire véranda dans laquelle la grand-mère lisait des albums ou racontait des histoires.
Ce qui prédomine l’enfance du « Petit Lillois de Paris » c’est dans cette « troisième pièce » que va se dévoiler, pourrait-on dire, sa prédisposition au commandement voire à la stratégie militaire.
Alors que ses frères Xavier (1887), Jacques (1893), Pierre (1897), se partageaient Allemands, Autrichiens, Anglais, Italiens, Russes, Turcs, Égyptiens, Boers et même Zoulous, le petit Charles s’adjugeait d’office l’armée française et les Suisses.
Des centaines de sujets (l’Amiral Philippe de GAULLE en héritera quelque 800) composaient ces forces mises en présence dans des champs de bataille reconstitués en papier ou en carton, les arbres sous forme de brindilles étaient plantées dans de la terre glaise ; côté marine, une soixantaine de bateaux de guerre en plomb creux reproduisait la bataille russo-japonaise du Tsoushima (1905).
Les règles des batailles en étaient bien précises : les corps à corps chiffrent les pertes aux dés, seul celui qui a eu l’avantage de l’échange peut manœuvrer, l’autre reste en place.
Les cavaliers se déplacent alors de 3 longueurs de crayon tandis que les fantassins ne peuvent le faire que d’une seule, les deux catégories étant soumis aux tirs de canons à poire qui lancent des petits pois secs.
Quant à la Marine, les déplacements et les portées de l’artillerie se font sur le même principe avec la particularité que les torpilleurs essuyaient le feu des cuirassés avant d’arriver eux-mêmes à distance de tir.
Les parents Henri et Jeanne de GAULLE très attachés au Nord ne manquaient pas de venir passer en famille les vacances de Pâques, visiter la foire de Lille et assister aux fêtes de la Saint-Nicolas.
Charles enfant séjournera plus spécialement chez sa grand-mère pendant l’hiver 1896-1897 afin d’éviter l’épidémie de scarlatine qui toucha ses trois frères et accomplira un temps d’études à Notre-Dame de la Sagesse (place aux Bleuets) avant de continuer ses études à Antoing en Belgique (en raison de la séparation de l’église et de l’État en 1905) sans pour autant négliger sa grand-mère qu’il adorait et à qui il rendra visite régulièrement..
Charles de GAULLE adoslescent considérant que l’Armée était « une des plus grandes choses au monde », il opte pour la carrière des armes et devient Saint-Cyrien en 1908… Là commence le destin militaire du futur « plus illustre des Français du 20ème siècle »
Dans le cadre du 70ème anniversaire de l’Appel du 18 Juin 1940, « Les Témoins de l’Histoire » ont décidé de se mettre « dans les pas de Charles de GAULLE » , au cours de l’année 2010, en respectant une chronologie des faits les plus marquants de sa vie.
Première étape : LILLE. (Novembre 1890-Novembre 2009).
Pour la seconde fois, la visite de la maison natale s’imposait. Ce que nous vîmes en cette journée du samedi 21 novembre, veille de l’anniversaire de la naissance, était totalement différent de l’aperçu de notre première venue, en 1997, où nous fûmes accueillis par Maurice SCHUMANN « la voix de la France Libre » à Londres et son épouse.
Hormis la maison d’habitation et ses quelques « arrangements » ajoutés, l’ensemble de la propriété a été, en effet, très modernisée au profit d’un « outil de médiation culturelle » avec apport de technologies numériques privilégiant l’interactivité, la rencontre et le dialogue.
Est-ce un bien pour les générations futures ? Est-ce un mal pour la réalité d’un certain passé et de son environnement d’origine ?
Ce qui ne fut pas du tout contestable, c’est notre visite en l’église Saint-André dite des « Angelots » où nous attendaient un portrait géant du Général, des drapeaux en nombre ainsi qu’un pavillon tricolore à croix de Lorraine surmontant les hautes grilles du chœur, une décoration exceptionnelle destinée à la messe annuelle traditionnelle du lendemain 22 novembre.
Un grand merci est dû à madame Louisette BOIDIN qui nous expliqua longuement, dans le détail, l’histoire de cette église, de sa restauration, rappelant au passage que sous la Révolution ce lieu de prières servait d’écurie, la maison d’en face ( un relai de postes) ayant été occupée par Robespierre venu « mettre de l’ordre » dans la région…
Puis ce fut un tour pédestre dans les rues pittoresques du vieux Lille avec la beauté de ses façades des 17 et 18ème siècles, avec ce style lillois fait d’un mélange de briques et de pierre sculptée ; une courte intrusion en cette ville chargée d’Histoire forte de ce refus de l’épée du colonel de Pardieu par le Prince Ruprecht de Bavière après une résistance héroïque de 3 jours, en 1914, ou la similitude de la résistance en 1940 (pendant encore 3 jours !) des quelque 40.000 soldats français face à 7 divisions allemandes et aux blindés de Rommel.
Autre sujet historique que nous ne pouvions manquer dans le quartier St Sauveur, pour clore cette très intéressante et conviviale journée ensoleillée, notre présence au remarquable monument honorant Emile DESROUSSEAUX, auteur de la célèbre berceuse du P’tit Quinquin et de ses non moins célèbres paroles : « Dors, min p’tit quinquin, min p’tit pouchin, min gros rojin, te m’fras du chagrin si te n’dors point ch’qu’à d’main »… une autre enfance !


Parution Novembre 2009

UNE ILE - DITE LUMINEUSE - ENTRE LE CIEL ET L’EAU…
Le 30 avril 1945, dès 5 heures du matin, 168 canons tirent 12.345 obus prémices sonores et ravageurs de la libération de la plus grande île française sur la côte Atlantique : OLÉRON.
Une heure plus tard, le bataillon de Fusiliers-marins de Rochefort et le 2ème bataillon du 50ème R.I. prennent pied sur la plage sud de la pointe de Saint-Trojan. A 10 heures, les chars Somua « S35 » du 13ème dragons débarqués par des navires, arrivent à leur tour en renfort.
Ce sont une partie des composantes de puissantes forces aériennes et navales engagées dans l’« Opération Jupiter » commandée par le Général de Larminat, nommé par le Général de Gaulle le 14 octobre 1944, au commandement des Forces Françaises de l’Ouest (F.F.O.), auxquelles s’ajoutent la Résistance locale de la brigade d’Oléron du général Marchand renforcée, elle-même, de la division Gironde dont l’effectif global peut être évalué à 8.882 hommes.
Face à eux, quelque 1.500 Allemands - répartis en troupes d’ouvrages ainsi qu’en 3 compagnies mobiles - suppléés par une compagnie de fusiliers-marins italiens du bataillon San Marco qui occupent 60 ouvrages bétonnés et arment 40 pièces d’artillerie d’un calibre égal ou supérieur à 75 mm, avec pour mission de surveiller l’estuaire de la Gironde et la passe d’entrée du port de La Rochelle.
Avant la nuit, le village des Alassins est atteint facilement par les Français mais les défenseurs solidement retranchés, passent à la contre-attaque. Elle est brisée par des tirs de mortiers.
Le ler Mai 1945, à 14 heures, le commando Fournier s’empare de Saint-Pierre d’Oléron et y capture le commandement allemand de l’île tandis que les chars Somua et l’infanterie procèdent au nettoyage systématique des derniers îlots de résistance.
A 18 heures, le colonel Durand obtient la reddition de presque toutes les troupes ennemies qui deviendra effective à 22 heures.
A l’issue des combats - après que l’artillerie française ait tiré 27.874 obus, la Marine 400 et que l’aviation ait largué, quant à elle, pas moins de 450 tonnes de bombes - on dénombre 18 tués et 55 blessés côté français, une cinquantaine de tués et 1.300 prisonniers dont 40 officiers côté germano-italien.
Sachant que Paris a été libéré le 25 août 1944, c’est donc huit mois plus tard que les places retranchées encore occupées (que l’Histoire retiendra sous l’appellation de « Poches de l’Atlantique ») de La Rochelle, Royan, la Pointe de Grave ainsi que les îles de Ré et d’Oléron peuvent enfin goûter l’immense soulagement d’une fin d’occupation pesante et meurtrière. Notons que sept jours plus tard, l’Allemagne vaincue signera définitivement sa capitulation…
Le 5 septembre 2009, en tout bien tout honneur, « Les Témoins de l’Histoire », à leur tour, débarquent et occupent pacifiquement cette île « lumineuse » réputée pour ses merveilleuses plages de sable fin mais aussi pour sa nature envoûtante, et ce afin de profiter au maximum des nombreux attraits que leur offre le « Pays Marennes-Oléron ». Il va sans dire qu’ils garderont mémoire très longtemps de l’ensemble des curiosités prévu par un programme éclectique où se partagent, comme il est dans leur tradition, Histoire et Culture.
C’est d’abord, Saint-Pierre-d’Oléron, en quelque sorte « la capitale de l’île », où ils font escale pour un brin de shopping dans la rue piétonne, le marché typique avec découverte de son église de style gothique du XIIème siècle dont la couleur claire sert d’amer aux marins,
puis la lanterne des morts haute de 30 mètres érigée du temps de l’occupation anglaise au XIIème siècle dont un autel s’adosse curieusement à l’une de ses faces.
Dans la rue Pierre Loti, ils marquent encore un long temps d’arrêt devant la Maison dite « des Aïeules », demeure des grands-parents maternels de l’écrivain-navigateur où il venait passer ses vacances d’adolescent. Là, en 1923, Pierre Loti fut enterré dans le jardin familial « sous le lierre et les lauriers », à l’instar de ses ancêtres huguenots. Près de son corps ont été placés, selon ses désirs, son seau et sa pelle d’enfant ainsi que le paquet de lettres d’Aziyadé.
A l’évocation du nom de cet amour profond, nous ne pouvons que nous remémorer notre visite aux maisons Loti de Rochefort lors d’un précédent voyage en Charentes.
Vient le temps d’un embarquement au port de Cayenne, à Marennes, métropole de l’huître, jadis île du golfe de Saintonge. C’est dans les eaux de ce dernier que nous effectuons une navigation appréciée au cœur des installations des parcs à huîtres du bassin de Marennes-Oléron, jusqu’au large de Ronce-les-Bains. Un bien bon bol d’air marin ! Quel spectacle !
Des huîtres il en sera question tout au long du séjour ! C’est pourquoi dès notre débarquement nous nous attablons en bordure de chenaux pour en déguster et nous mettre en bouche…
Le lendemain, au port des Salines, c’est la découverte du Marais salant suivi d’un arrêt à St Trojan-les-Bains où un reposant « repas froid » est pris au cœur de la forêt domaniale. Il faut dire qu’un rendez-vous très précis nous est donné au site le plus visité de l’île, le port de La Cotinière pour assister à « la criée » du 9ème port de pêche français. En ses murs, tandis que les prix s’affichent sur écran lumineux, crevettes grises ou roses, soles, bars de ligne, céteaux, crabes, langoustines défilent sous nos yeux dans un ballet incessant de tapis roulants.
Autre sujet, sans petit train, il n’est pas de voyages lointains « Témoins de l’Histoire » !
Nous le prenons donc au Château d’Oléron pour un circuit des plus détendus. A son bord, (avant le port ostréicole et la cité) nous pouvons apprécier l’ancienne place forte du XVIIème siècle commencée sous Louis XIII, construite par Vauban à l’initiative de Richelieu. Louis XIV créant, dans le temps, une ceinture de feu pour protéger l’embouchure de la Charente. Retenons aussi que sous la Révolution elle reçut de nombreux déportés laïques et religieux ; occupée par les Allemands, bombardée le 17 avril 1945 elle a été restaurée depuis 1988.
Chers amis, connaissez-vous la bière d’Oléron au Cognac ou encore la Vodka oléronaise ?
En ce qui nous concerne, ces spécialités nous ont été dévoilées au cours de la visite de la distillerie Maxime Pinard (un nom prédestiné !) et de son vignoble des Alletières de 60 hectares sur 4 communes permettant une production familiale depuis plusieurs générations, de Pineau des Charentes, Cognac, vin de pays dont la dégustation sera fort appréciée.
Après le palais, c’est au tour du plaisir des yeux, avec la rencontre d’un naturaliste du parc ornithologique dit « Marais des Oiseaux », centre de sauvegarde de la faune sauvage où viennent hiberner et nidifier de nombreux oiseaux (hérons, aigrettes, pélicans et autres bernaches) où nous côtoyons quelque 800 volatiles, la plupart en liberté dont des paons.
Nous effectuons ici une B.A., le parc soignant des animaux en détresse trouvés dans la nature.
Autre lieu à ne pas manquer : le Phare du Chassiron offrant non seulement une vue magnifique et grandiose sur l’immensité de l’Océan mais également la montée des 224 marches pour atteindre son sommet en passant par son écomusée situé au ler étage.
L’après-midi, à nouveau deux étages à gravir au Fort Louvois, accessible que par marée basse, « petit frère du Fort Boyard », dont les tirs de canons se croisaient avec ceux de la citadelle du Château d’Oléron pour verrouiller l’accès sud de Rochefort.
Notre dernière visite sera consacrée à la place forte de Brouage, patrimoine unique, au passé prestigieux et passionnant, ville mémorial de l’amitié franco-québécoise où est né Samuel de Champlain, navigateur-colonisateur d’une partie du Canada et fondateur du Québec, en 1608.
C’est le cadre aussi de la très belle histoire d’amour entre Marie Mancini (nièce de Mazarin) et Louis XIV, âgés de 20 ans, dont Racine s’emparera pour créer sa tragédie Bérénice.
Hélas, hélas, hélas, l’espace manque pour vous en raconter le déchirant déroulement !
Je pourrais aussi m’abstenir d’évoquer les deux tentatives, à deux jours d’intervalle, par deux compagnies, dans deux ports différents pour une excursion en mer avec tour de l’île d’Aix et du Fort Boyard : les moteurs des vedettes ne tournaient plus… sans doute épuisés par la saison estivale ! Qu’importe, restons positifs avec le dernier souvenir d’une excellente dégustation d’huîtres dans une cabane d’écaillage au milieu des claires et des chenaux qui mettait un point final au parcours exceptionnel commenté du site ostréicole de Fort Royer.
Une certitude : A l’unanimité des participants, si c’était à refaire, nous le referions.


Parution Novembre 2008

« L’ON PUT VOIR ARRIVER, AU MILIEU DES COMBATTANTS, UNE PETITE VIEILLE AVEC SA VOITURE A ÂNE...

C’était Madame GOUNOT, de Giry, mère nourricière d’André NEUGNOT, tué à Forcy. Ayant appris la mort de son fils - son mari Louis GOUNOT était le maire de Giry et fut le premier informé - elle partie avec sa carriole chercher le corps de son enfant malgré les adjurations de tous.
A chaque rafale, à chaque tir, la bourrique s’arrêtait, mais rien n’aurait pu stopper « la Jeanne CHATIN » comme on l’appelait à Giry. A grands coups de trique dans l’arrière-train de la bête, elle parvint sur les lieux des combats, chargea le corps de son gars dans la voiture, sur un lit de fougères, et le ramena au pays à travers les troupes allemandes qui la laissèrent passer, comme avec respect. »

Dispersés aux quatre coins de notre France, ils reviennent dans le Morvan, chaque année au 15 août, de moins en moins nombreux, pour renouer les liens qui les unissaient en cet été torride d’Août 1944, sous la bannière à croix de Lorraine de la Résistance française.
Ils, c’étaient « Les MARIAUX », du maquis nivernais du même nom, ces « terroristes » selon l’occupant allemand et les sbires de Vichy qui livrèrent à Forcy-Moussy « l’une des batailles des plus importantes, concernant les maquis, sur le plan national » d’après le Colonel Jean LARDRY (Lieutenant au moment des faits).
Le Morvan, point stratégique entre l’Ouest et la vallée du Rhône, une nasse devenue passage obligatoire pour les nazis du Sud-Ouest et du Centre (en retraite vers l’Est) comptait alors quelque 12.000 maquisards bénéficiant de l’appui de la population et d’un environnement propice à la guérilla : routes sinueuses et encaissées traversant d’épaisses forêts.
Le maquis MARIAUX, qui nous intéresse ici, né dans les premiers jours de juin 1944, était fort de 535 hommes installés entre la Goutte du Charme et la ferme de la colonne, à quelques kilomètres de Crux-la-Ville. Ces « Combattants de l’ombre » étaient, d’une part, des membres du mouvement « Vengeance » formé dès mars 1942, d’autre part, de nombreux réfractaires au S.T.O. et enfin des officiers aguerris militant au sein de l’O.R.A.
Ils avaient pour la plupart, 17, 18, 20 ans, en bref des jeunes gens certes inexpérimentés mais volontaires et parfaitement déterminés dont la méconnaissance en matière militaire était, toutefois, largement compensée par un moral des plus élevés qui les rendait, peu à peu, téméraires voire exceptionnels.
Il faut dire, aussi et peut-être surtout, que leur encadrement de très grande qualité composé d’officiers qui, après avoir brillamment combattu lors de la « campagne de France », en mai-juin 40, avaient, à l’instar du chef de la France Libre puis de la France combattante, très rapidement refusé la défaite honteuse dans l’objectif final de bouter l’ennemi hors du pays.
Des pages entières de cette revue seraient nécessaires pour relater dans le détail les faits marquants de ce maquis MARIAUX associé localement aux maquis DANIEL (100 résistants) et JULIEN (263 résistants) en une bataille de Crux-la-Ville enregistrée au ministère de la Guerre sous le nom de combats de Moussy qui débutèrent effectivement le 12 août 44.
Car l’histoire du Maquis MARIAUX c’est aussi une multitude d’histoires dans l’Histoire de la Résistance intérieure du Morvan voire de la Résistance intérieure française en général.
Ainsi : le 19 Juillet 1944, à 1.500 mètres environ de Lurcy-le-Bourg, un homme informe nos douze maquisards se rendant au maquis du Coursier, près de Prémery à bord de deux traction avant (armées chacune d’un F.M. servi par deux hommes installés dans le coffre) que 5 véhicules allemands arrêtés en quinconce, portières ouvertes, un camion en tête, trois voitures au milieu, un camion en queue barraient la route.
A leur vue, GOBILLOT crie à Jacques CHATILLON qui conduisait la première traction « Fonce ! Dans le fossé ! ». A 100 à l’heure, la voiture passe sur l’accotement droit, arrache au passage la portière ouverte de l’un des véhicules ennemis, les deux roues de droite sur le bas-côté, criblée de balles de mitrailleuse. De petite taille CHATILLON s’accroupit alors sous le volant continuant à piloter en se guidant sur les fils téléphoniques au-dessus de lui.
Pneus déjantés, ils parviennent à abandonner leur voiture dans Lurcy-le-Bourg…
La seconde traction qui suit, à quelque 60 mètres, est pilotée par Robert MARIAUX.
Des balles ayant crevé les pneus avant : elle pique du nez et capote.
Rapidement, quatre des occupants tentent de s’enfuir dans la prairie sous le feu des mitrailleuses. On retrouvera leurs corps dans les roseaux, en partie dépouillés de leurs vêtements et de leurs montres (les deux autres regagnant le camp du Coursier dans la nuit).
C’est ainsi que le maquis prend alors de nom de son premier mort, celui de MARIAUX.
L’intérêt particulier de notre Association envers ce maquis vient du simple fait que dans nos rangs figurent quatre membres d’une même famille répondant au nom de ZMARIC.
Au cours d’un aparté, le père qui vient malheureusement de nous quitter tout récemment fait savoir au Président Christian DEBRIL que son propre père Antonin et son oncle Willy ZMARIC ont combattu chez « les Mariaux ».
Aussitôt ce dernier prend contact avec le Président Albert GRAILLOT qui se mettent pleinement d’accord quant à la participation des « Témoins de l’Histoire » aux cérémonies annuelles du 15 août, comme par exemple cette année malgré une pluie battante et continue.
Un premier contact en pleine communion avec tous les rescapés, qui se transformera bien vite en amitié dans le respect de leurs actions passées et pour la mémoire de leurs morts.
Concrètement, en mai 2005, une plaque associative a été déposée sur la sépulture d’Antonin ZMARIC. A même époque, a lieu l’inauguration officielle de la restauration (aux frais de notre Association) de la tombe du jeune André Neugnot (mort pour la France à 18 ans) dont il est question au début de ce texte. Une tombe détériorée quasiment à l’abandon depuis la disparition de Madame GOUNOT et de son mari Louis, juxtaposée à celle d’André Mariaux, dans le cimetière communal de Giry : André Neugnot de l’Assistance publique n’ayant plus aucune famille pour veiller à l’entretien de sa sépulture…
Dans un choix difficile s’il en est, un autre héros, une autre fin tragique mérite d’être mise, également, en exergue dans cet écrit pour mieux comprendre le contexte de l’époque.
« Dans la nuit du 5 au 6 août, vers 4 heures, des groupes de couverture sont attaqués par des patrouilles allemandes à Forcy et à l’étang de Chausselas. Ces dernières sont repoussées.
Le lendemain après-midi, Jean SANSON de SANSAL est arrêté peu après Prémery, sur la route de Nevers, à la suite d’une probable dénonciation.
Après interrogatoire, sans se départir, il conduit l’occupant à l’ancien camp dit « La Fontaine au Coursier ». Lié à un arbre, torturé, il meurt le 9 août sans avoir parlé.
Ses restes (lambeaux de chair et d’étoffe), encore attachés à un tronc, ne seront découverts qu’à la Libération après identification grâce à ses chaussures anglaises en cuir craquelé par l’usure et à son numéro matricule apparent sur son vieux caleçon de l’armée. »
Décoré, à titre posthume, de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre « Il laissera l’image d’un garçon d’une sincérité et d’une générosité exemplaires, d’un modèle de courage, de patriotisme et d’abnégation.»
Jeunes de France, et moins jeunes, puissiez-vous vous imprégner et mettre en pratique dans votre propre intérêt voire dans celui de notre cher et vieux pays – hors Guerre bien entendu - ces qualificatifs que nos résistants nivernais novices ont su si bien appliquer à eux-mêmes : Ardeur, valeur, entrain, courage, patriotisme, abnégation.
Alors qu’à Crux-la-Ville la Gestapo ouvrait les cercueils des maquisards dans l’église, au Maquis MARIAUX, tout en combattant à l’arme blanche, à la grenade sous les obus et les bombes aériennes, après 3 jours et 3 nuits de combats violents, de privation de ravitaillement, ils faisaient don de leur personne ou luttaient courageusement pour NOTRE LIBERTÉ !
André NEUGNOT avait 18 ans Robert MARIAUX 22 et Jean de SANSAL 24…


















































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